Les veilles scientifiques, économiques et technologiques sont essentielles, stratégiques pour les entreprises, cependant la diversité croissante des sources d’informations à surveiller, les fréquences de diffusion, les volumes gigantesques publiés en ligne posent un défi colossal à toute organisation quelque soit sa taille.
Cet état de fait génère une demande croissante pour intégrer aux systèmes d’informations des entreprises les outils et les pratiques ayant permis le succès des communautés en ligne.

Diffusion des informations, des volumes colossaux à notre disposition
Nous vivons une époque fantastique, la diffusion du savoir et de la connaissance collective s’est amplifiée grâce au développement d’une multitude de services en ligne. Depuis 2006 grâce à la popularité croissante des blogs, des pages personnelles, des sites de petites entreprises, le nombre de web accessibles sur la toile a explosé pour dépasser les 300 millions de serveurs.
Des sites d’informations thématiques, dont les pionniers ont plus de dix ans de diffusion régulière, sont rédigés par des individus ou des communautés et cumulent des centaines de milliers de téra-octets en ligne. Les sites encyclopédiques, dont Wikipedia est devenu la référence, sont devenus incontournables et sont complétés par les réseaux sociaux où s’activent des milliards d’individus sur la planète.

 

Chercher une aiguille dans une meule de foin

Malgré la puissance et le niveau de pertinence de Google, dont l’hégémonie n’est plus à démontrer (+ de 90 % de parts de marché en Europe), la recherche d’information professionnelle, celle pratiquée dans les cellules de veille des organisations et des entreprises, tend à se complexifier de part la montée en puissance du «web 2.0».
Cet univers collaboratif complexe, car généré par des sources en nombre quasi-infini, est accompagné de l’émergence de nouvelles pratiques : open community,  intelligence distribuée, crowdsourcing (externalisation de la créativité, des savoir-faire), journalisme augmenté, qui rendent encore plus délicates les pratiques de veille sans technologie adaptée.
De nouveaux usages, basés sur des outils de «social bookmarking» comme DeliciousDigg ont vu le jour, permettant à des communautés d’experts d’enrichir des lieux virtuels où sont partagés des liens vers des sujets dont l’intérêt est collectif. Ils sont à l’origine de nouveaux services en lignes adaptés à la complexité croissante de la recherche d’informations stratégiques pertinentes.
Web 2.0, web sémantique, nouvelles pratiques et nouveaux usages, nous avons désormais accès à une immense encyclopédie des savoirs, rédigée de façon collaborative par des dizaines de millions d’internautes réunis par une même passion : le partage de la connaissance.

Le web 2.0, un système basé principalement sur des logiciels open source

Petit retour en arrière, à peine une dizaine d’années, sous la forme d’une question : quel fut le nouvel entrant, au début des années 2000, ayant profondément bouleversé un segment à très fort potentiel du marché de l’informatique professionnelle, celui des serveurs web d’entreprises ?
La réponse est dans le graphique ci-dessous :
Apache est le logiciel serveur web «Open Source» le plus populaire sur Internet, un logiciel libre.
Il fonctionne couplé au système d’exploitation Linux server. équipant depuis février 2010 six serveurs sur dix, ceux équipés de FreeBSD (une version open source d’Unix) deux autres et Microsoft serveur un seul sur dix.
Les systèmes Linux sont des systèmes également «Open Source», développés et maintenus de manière collaborative par une immense communauté internationale de développeurs, ils sont devenus, et de loin, les leaders incontestés du marché.
Complétés par Apache, le logiciel serveur web, les bases de données MySQL et les langages Perl/PHP/Python, Linux représente le nec le plus ultra pour les entreprises développant des écosystèmes numériques.
La désignation open source s’applique aux logiciels dont la licence respecte des critères précisément établis par l’Open Source Initiative, c’est-à-dire la possibilité de libre redistribution, d’accès au code source et aux travaux dérivés.
En 2011, l’industrie française de l’open source regroupe plus de 250 entreprises et ± 3 500 emplois. Ses utilisateurs sont les grands comptes qui représentent 48% du chiffre d’affaires de l’industrie du logiciel libre et 600 000 PME à la recherche de solutions peu onéreuses.

Les technologies Open Source au cœur de l’univers de la consommation collaborative

La montée en puissance des systèmes reposant sur des technologies de partage d’informations les «Peer to Peer Technologies» a déclenché une explosion quantitative et qualitative de nouveaux services dont le moteur principal de croissance repose sur le très grand nombres d’utilisateurs, l’effet de masse.
Les exemples sont foisonnants de diversité et d’initiatives dans tous les secteurs : les sciences et technologies, les modes de vie, le travail et les entreprises, l’environnement, la culture, la mobilité.
Nous connaissons tous le succès des systèmes de co-voiturage et d’autopartage dont l’impact sur l’univers traditionnel de l’automobile est réel, voir en France le succès de covoiturage.fr et des expériences d’autopartage existant depuis 2009 dans 23 grandes villes françaises.
Ces villes, pionnières dans une nouvelle forme de mobilité, sont rejointes par Paris et sa banlieue avec lancement d’Autolib, une flotte de 3000 voitures électriques sur 46 communes.
Le déploiement sur la marché automobile des véhicules électriques est concomitant avec l’émergence des systèmes de partage d’informations, combinés à des cartes communautaires.
Résultat : des réseaux de partage de points de charge sont apparus, bientôt complétés par des sites de partage de véhicules électriques entre particuliers.
Ces réseaux de charge doivent être alimentés en électricité, alors pourquoi pas de l’électricité solaire produite en Peer to Peer ? C’est ce qu’ont imaginé les concepteurs de Mosaic, la première place de marché où n’importe qui peut créer localement une petite unité de production et trouver son financement auprès d’une communauté en ligne.
On le voit avec ces exemples de précurseurs, un vaste mouvement est en marche, touchant de très nombreux secteurs d’activités, structuré en maillage, en réseaux à la capillarité de plus en plus fine, tout en étant de plus en plus diversifiés.
Pouvoir prétendre observer et analyser cette évolution, sans de puissants outils professionnels de « Veille 2.0 » est une gageure, les professionnels de la veille en ont bien conscience.

Veille collaborative 2.0, la recherche française est impliquée

Tout d’abord des communautés d’intérêt en ligne ont vu le jour. Elles ont commencé à construire des répertoires de références dans leurs domaines à une vitesse et une réactivité impressionnantes. L’une des forces des outils assistant ces communautés fut la capacité à transformer des utilisateurs normalement passifs en acteurs et producteurs de contenus. La diversité et la masse des utilisateurs sont utilisées pour faire face à la diversité et la masse des sources d’information.
Face à ce constat une équipe de recherche, basée à Sophia-Antipolis, a imaginé un projet interdisciplinaire mêlant des approches à la fois issues de l’analyse des usages et de l’informatique. ISICIL, un projet soutenu par l’ANR, rassemble les chercheurs de 4 laboratoires à travers la France (Edelweiss – INRIA Sophia-Antipolis, Kewi – I3S(UMR 6070 CNRS), Tech-Cico – UTT (Université de Technologie de Troyes), Telecom ParisTech.
Le projet compte également deux partenaires industriels avec Orange Labs et l’ADEME.
Il vise à la mise en ligne, dès 2012 en version expérimentale, d’une batterie d’outils de veille adaptés à l’univers 2.0, conciliant les nouvelles applications virales du web avec des représentations formelles et des processus d’entreprise pour les intégrer dans les pratiques de veille en entreprise.
Plus précisément, ISICIL propose de concevoir, d’étudier et d’expérimenter l’utilisation de nouveaux outils d’assistance aux tâches d’intelligence en entreprise. Ces outils s’appuieront sur les interfaces avancées des applications du web 2.0 (blog, wiki, social bookmarking) pour les interactions et sur les technologies du web sémantique pour l’interopérabilité et le traitement de l’information. Une application dérivée d’Isicil dédiée à la mobilité et aux énergies renouvelables est en préparation pour 2012 sur un territoire expérimental, nous y reviendrons ultérieurement dans Car futur.
Sur le même sujet :
Sources :
Les sites Web  sur Wikipedia
The Apache Software Foundation
Open Source Initiative (OSI), a non-profit corporation
Usage share of operating systems
Annuaire autopartage France
PlugShare : to expand grid accessibility
Getaround : a social car sharing service
Solar Mosaic : a marketplace than connects people to go solar
ISICIL – Information Semantic Integration through Communities of Intelligence onLine.
Alain Giaccone pour Car futur
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