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Effet limité pour le futur limiteur LAVIA

Lors d’un discours le 31 novembre dernier, tenu à l’Elysée et dans le cadre de la remise des Echarpes d’Or de la Prévention Routière, le chef de l’Etat a évoqué la réactivation du projet LAVIA pour améliorer la sécurité routière. Sur le coup, un certain nombre d’observateurs se sont demandé de quoi voulait parler Nicolas Sarkozy. Et pour cause.
Le projet LAVIA (Limiteur s’Adaptant à la Vitesse Autorisée) fait référence à un projet de recherche mené par l’INRETS, le LCPC et le CETE de 2001 à 2005. L’idée, assez simple, consistait à limiter automatiquement la vitesse maxi, en fonction de la limite autorisée et en tenant compte de la position du véhicule. Ce qui suppose d’avoir une localisation par GPS et une base de données dynamique sur les limitations de vitesse en vigueur pour étalonner la vitesse. La technologie a été testée en 2005 sur une flotte d’une vingtaine de véhicules avec un limiteur informatif, un limiteur actif débrayable et un limiteur actif non débrayable. Depuis cette date, le projet était resté lettre morte. Mais, le Président en attend des « résultats remarquables » et souhaite une feuille de route pour fin février.
Entre temps, un groupe de travail a été constitué sous l’autorité du délégué interministériel à la sécurité routière, Jean-Luc Névache. Aucune option n’a été encore décidée, mais selon les experts qui ont travaillé sur le projet, on peut attendre d’un tel système un gain de 250 vies avec un limiteur actif débrayable. Et ce, si l’ensemble du parc est équipé.
Les associations, et en tête la Ligue contre la Violence Routière, militent pour un tel dispositif. D’autres, comme 40 millions d’automobilistes, estiment au contraire que c’est une technologie obsolète et dont le potentiel, en termes de vies épargnées, est très limité. Depuis 2005, le nombre de modèles équipés de régulateurs et de limiteurs de vitesse a considérablement augmenté. Et surtout, on trouve aujourd’hui sur le marché des véhicules équipés de capteurs vidéo capables de reconnaître les panneaux de signalisation et d’indiquer la limite à respecter.
Plusieurs problèmes se posent pour la mise en œuvre du LAVIA. Le principal est l’absence d’une base de données sur les limitations de vitesse. Les GPS embarqués, et à plus forte raison les avertisseurs de zones dangereuses (que le pouvoir a voulu interdire), indiquent la limitation sur les principaux axes. Mais, l’information n’est pas disponible partout. Par ailleurs, on imagine mal la France pouvoir imposer sans l’accord de l’Europe un tel équipement en première monte. Et si tel était le cas, encore faudrait-il pouvoir l’installer aussi en seconde monte, faute de quoi le renouvellement complet du parc pourrait prendre de 15 à 20 ans.
La vraie question est de savoir si un équipement comme le LAVIA est à la hauteur des attentes.
Le chef de l’Etat aurait pu choisir de relancer un autre projet qui a pour nom SARI (Surveillance Automatisée de la Route pour l’information des conducteurs et des gestionnaires d’Infrastructures), mené par le LCPC. Il s’est déroulé de 2005 à 2010, avec pour idée d’améliorer la sécurité des routes en rase campagne où se produisent environ 2/3 des accidents, principalement suite à des pertes de contrôle. Le projet a diagnostiqué qu’il fallait placer des capteurs dans les zones dangereuses, afin de prévenir les usagers d’une risque de perte de contrôle. Ce projet serait plus efficace, mais il nécessite d’investir dans l’équipement de l’infrastructure.
Pourtant, Nicolas Sarkozy y aurait trouvé moyen de tenir sa promesse en faisant passer la France sous la barre des 3000 tués. Selon 40 millions d’automobilistes, on a dénombré l’an dernier 1126 tués victimes d’un changement inexpliqué de trajectoire en ligne droite et 504 tués en rase campagne à la suite d’une perte de contrôle en virage.

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