France 5 VE

Le site Autoactu.com utilise le terme de « VE bashing » pour qualifier le documentaire de France 5 sur la voiture électrique, diffusé le 12 octobre dernier et présenté comme un reportage « percutant mais simpliste ». Comment expliquer ce revirement après la « VE mania » ?

Après France 2, qui s’était fait allumer pour un reportage diffusé dans le 13 h le 7 octobre 2013, au cours duquel le journaliste Luc de Bazizin avait tenté de faire un Paris-Lyon en Zoé, c’est au tour de France 5 de s’attirer les foudres des militants après son documentaire du 12 octobre. Un documentaire qui avait fait l’objet d’ailleurs d’une promo assez efficace à l’antenne et dans la presse.

Qu’est-ce qu’il faut retenir de ce reportage d’une durée d’une heure ? Le reporter essaie de faire un Paris-Honfleur en Nissan Leaf, histoire de vérifier les 190 km d’autonomie revendiqués selon le cycle NEDC. Et il se retrouve à court d’électricité à mi-parcours. Classique, sauf que le sujet montre à quel point il est compliqué de se recharger, entre la borne qui existe bien chez le concessionnaire Nissan (mais qui ne sert qu’en interne) et celle de chez Auchan, où il faut une carte (à commander sur Internet) pour s’en servir…. Et qui en plus va tomber en panne au moment de se brancher.

Le concessionnaire Renault qui déconseille l’achat d’un VE parce que ce n’est pas si rentable est un moment assez savoureux. Celui où l’on voit le militant écologiste Stéphane Lhomme débrancher des Autolib’ à Bordeaux parce que la batterie des Bluecar réclame en permanence de l’énergie est aussi un fait véridique. Mais, il est vrai qu’il manque certaines informations et que l’on a vite fait de faire l’amalgame. La thèse principale est en fait que la voiture électrique n’est pas si verte que cela, car la production d’électricité nuance ses supposées vertus environnementales (même en France où il faut activer des centrales à charbon et à gaz l’hiver) et que les batteries utilisent un lithium plutôt néfaste en termes de pollution des sols.

La réaction classique des ayatollahs de la voiture électrique est de crier au scandale et de dénoncer la main du lobby des pétroliers. C’est bien sûr Total qui a ourdi ce complot… Si on peut regretter les raccourcis et le côté simpliste qu’impliquent les contraintes de la télévision pour traiter ce genre de sujet**, le documentaire de France 5 renvoie simplement l’image d’un miroir. Oui, l’autonomie n’est pas encore suffisante. Oui, ce n’est pas si simple de faire une recharge (et non ce n’est pas gratuit).

Pour avoir occulté ces problèmes du quotidien, au profit d’une communication qui privilégie le buzz et les réseaux sociaux, les constructeurs sont rattrapés par la réalité. Idem pour les pouvoirs publics qui n’avaient pas anticipé les problèmes inhérents au déploiement d’un réseau de bornes, et encore moins celui des standards. « On a beau être favorable au véhicule électrique, on ne peut nier qu’il y a encore quelques points à améliorer, voire quelques difficultés », a le mérite de reconnaître Yohann Nussbaumer, dont le blog Automobile Propre est sans doute l’un de ceux qui militent le plus pour ce type de véhicule.

Le fait est que, malgré des mesures très généreuses et un soutien réaffirmé de la part du gouvernement en faveur du VE, le Mondial de l’Automobile n’a pas permis d’enregistrer des progrès significatifs du côté des constructeurs français. Rien de nouveau par exemple chez Renault (dont le concept Eolab utilise une batterie très classique lithium-ion, même si c’est le CEA qui a assuré son intégration). Terminons aussi par le fait que les 10 000 essais générés par le centre d’essai des électriques et hybrides (+ 20 % par rapport à 2012) ne représentent qu’une goutte d’eau par rapport aux 1 253 513 visiteurs. C’est moins de 1 %, à l’image du poids de ce genre de véhicules sur le marché.

*« La voiture électrique, pas si écolo », réalisé par Martin Mischi

**Des règles bien acceptées quand il s’agit de descendre le diesel en flammes, comme l’avait fait par exemple Cash Investigation sur France 2…

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