Voici la deuxième partie de l’article de Jean-Luc Moreau de RMC pour l’OVE sur les polluants locaux.

Les Oxydes d’Azote (NOx)

Derrière ce nom se cache une famille de gaz qui abrite en son sein un « tueur » : le NO2 ou dioxyde d’azote. Ce gaz prenant une couleur jaune – brun rouge selon la température et la concentration – est nocif pour les êtres vivants et l’environnement. Il est sévèrement réglementé aux USA et au Japon mais pas en Europe (on ne mesure que les NOx, sans faire la distinction entre NO et NO2) malgré les mises en garde de nombreux scientifiques.

Comment se forment-ils ?

Les NOx sont produits lors de tous les processus de combustion. Plus la température et la pression s’élèvent, plus on génère de NOx. Il faut noter que le monoxyde d’azote (NO), non toxique, est largement prédominant à proximité de la source d’émission.

Quelle est la part de l’automobile dans la pollution aux NOx ?

Les véhicules à moteur sont les plus gros générateurs de NOx. Ils représentent 50% des émissions, voire 80 % en milieu urbain. Les diesels en sont les principaux responsables. Ils émettent de 3 à 5 fois plus de NOx que les moteurs à essence. Plus grave, les diesels modernes émettent certes moins de NOx que les diesels anciens, à cause de normes plus strictes, mais la proportion de NO2 dans leurs rejets est beaucoup plus grande. En terme d’impact sanitaire, un TDI, dCi, HDI, etc. est bien plus nocif qu’un modèle d’avant 1996. Et l’usage d’un filtre à particules (sans additif) aggrave encore les choses, car il génère de fortes concentrations de NO2 .

Des dispositifs destinés à éliminer les NOx produits par les diesels existent mais ils sont chers et pour l’instant réservés aux pays qui imposent une limitation stricte de ces polluants dans leurs normes d’homologation.

Quels sont leurs effets sur la santé ?

Le dioxyde d’azote est hautement toxique et provoque des irritations de la peau et des muqueuses. Il pénètre dans les alvéoles et endommage les tissus pulmonaires. A faible dose, les symptômes sont des irritations bronchitiques, des crises d’asthme, des bronchiolites chez les enfants. Il peut aussi entraîner des œdèmes après une période de latence de 2 à 24 heures. Il aggrave également sensiblement les pathologies de personnes souffrant de problèmes cardiaques. En cas d’intoxication aiguë, il provoque une irritation des yeux, toux, essoufflement et finalement la mort.

Les plantes aussi …

Alors que les autres polluants ont un effet pas ou peu significatif sur les plantes, les NOx provoquent  un brunissement ou un noircissement de l’extrémité des feuilles et entraînent souvent leur mort.

L’eau aussi…

Dans l’eau, les NOx forment de l’acide nitreux ou de l’acide nitrique, deux composés très corrosifs. L’acide nitrique est aussi un composant des pluies acides…

Et les sols…

Les oxydes d’azote favorisent une acidification des sols pouvant entraîner le déplacement et le lessivage des éléments nutritifs contenus dans le sol.

Que deviennent-ils ?

Dans la couche atmosphérique basse, les oxydes d’azote jouent un rôle important dans la formation d’un autre polluant : l’ozone. Le dioxyde d’azote est décomposé sous l’effet du rayonnement solaire et d’hydrocarbures imbrûlés entraînant la formation d’ozone. Les oxydes d’azote sont ensuite éliminés de l’atmosphère sous forme d’acides nitreux ou nitriques (les pluies acides).

Quelle évolution ?

La tendance est à la stagnation, voire à la hausse des niveaux de NO2 depuis le milieu des années 90. La situation est grave. Alors que l’OMS fixe la limite annuelle à 40 µg/m3, les concentrations à Paris, Marseille, Nice, Lyon, Grenoble ou Rouen dépassent invariablement ce chiffre. Pire, dans le flux de la circulation, à l’intérieur des habitacles, la concentration peut atteindre 500 µg/m3, voire 1 000 µg/m3, comme l’a démontré Jean-Paul Morin, chercheur à l’INSERM et co-auteur du rapport de l’AFSSET. Or, une exposition à 1 000 µg/m3devient dangereuse au bout de 15 minutes (source OMS) !

Et la situation risque de s’aggraver dans les 20 années à venir ! Pour brûler les particules piégées dans le FAP, de nombreux systèmes font appel à un catalyseur d’oxydation placé en amont de ce dernier. Il augmente le rapport NO2 : NO dans les gaz d’échappement, ce qui facilite la régénération. Le problème c’est que, aujourd’hui, 70 % des diesels utilisent cette technologie, moins chère que celle de la régénération active avec additif (développée par PSA). Si cette proportion ne change pas et si les futures normes (Euro 6) ne prennent pas spécifiquement en compte le NO2, les émissions de ce « serial killer » vont rapidement augmenter à partir de 2012…

Les particules (PM)

Le terme de « particules » englobe en fait de multiples éléments ayant des propriétés physico-chimiques très différentes. Les particules atmosphériques (impliquées dans la pollution) peuvent être soit d’origine naturelle soit d’origine humaine. On les classe en trois catégories :

PM10 Particules de diamètre aérodynamique inférieur à 10 μm

PM2,5 Particules de diamètre aérodynamique inférieur à 2,5 μm (les plus dangereuses)

PM2,5-10 Particules de diamètre aérodynamique compris entre 2,5 et 10 μm, dites particules grossières.

Comment se forment-elles ?

Pour les particules naturelles, leur origine est volcanique, saline, organique (bactéries, acariens, moisissures…), pollen, fibres végétales ou animales…
Si elles sont anthropiques (dûes à l’homme), elles résultent essentiellement :

  • de la combustion industrielle (hauts fourneaux et fours) ;
  • du chauffage ;
  • des transports.

Dans ce dernier cas, elles se composent d’un matériau carboné (la suie : noyau de carbone ou «sphérule») engendré lors de la combustion sur lequel sont absorbés des hydrocarbures imbrûlés, des dérivés oxygénés (cétones, esters, aldéhydes, lactones, éthers, acides organiques) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) accompagnés de leurs dérivés nitrés, oxygénés, etc. Se trouvent également des dérivés minéraux (SO2, sulfates…) et métalliques.

C’est l’ensemble de ces composés qui crée la toxicité des particules.

Quelle est la part de l’automobile dans la pollution particulaire ?

Dans la « soupe atmosphérique », il est bien difficile de discerner les origines variées des particules. Pourtant, de récentes études montrent que l’automobile est responsable d’environ 13 % des émissions totales de particules, mais avec une proportion qui peut grimper au-delà de 50 % dans les zones de fort trafic automobile. Ces particules sont aussi beaucoup plus toxiques que les particules naturelles car notre corps ne dispose pas de défenses suffisantes pour les éliminer efficacement.

Elles sont principalement émises par les moteurs diesel (10 fois plus que les moteurs à essence).

Quels sont leurs effets sur la santé ?

On a longtemps polémiqué sur la dangerosité des particules. Leur toxicité, en particulier celle des particules diesel, est désormais avérée. Cela, tant sur le court terme que sur le long terme (asthme, cancer, mécanismes allergiques…)

Quelle évolution ?

Les niveaux de PM10 dans l’atmosphère restent élevés depuis 2005. Les valeurs réglementaires (40 μg/m3) sont largement dépassées un peu partout en France à proximité du trafic, mais aussi loin des axes routiers dans les régions d’Ile de France, en Rhône-Alpes et en Paca (Marseille est même en dépassement 365 j/an !). Dans ces cas, c’est clairement l’importance du parc de véhicules diesel qui est montré du doigt. La France pourrait d’ailleurs être bientôt condamnée par la cour de justice européenne à une amende allant de 10 à 30 millions d’euros pour manquement aux règles de l’Union en matière d’émissions de particules. Les normes Euro 5 (en vigueur depuis 01/11) et Euro 6 (2014) devraient améliorer les choses, mais pas de façon significative avant 2020…

A suivre…

Jean-Luc Moreau

Copyright carfutur.com