Depuis des années, on ne cesse de nous répéter que le problème des gaz polluants émis par les voitures à moteur thermique est sur le point d’être réglé. Est-ce vraiment la réalité ? Et quels sont les polluants dont nous devons nous méfier ?

Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la pollution atmosphérique serait responsable chaque année de 42 000 décès prématurés en France ! Ce chiffre n’a donc rien d’anodin, même s’il fait l’objet d’une médiatisation bien moindre que les 4 000 victimes annuelles des accidents de la route… N’en déplaise aux apôtres du « tout va bien », la pollution atmosphérique est donc bien un problème de santé publique. Et la part imputable aux transports dans ce sombre bilan est loin d’être négligeable. D’après une étude dirigée par l’ADEME (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) en 2009, ils seraient directement responsables de 60 % de cette surmortalité, soit 25 200 morts par an ! Plus grave, loin d’améliorer les choses, l’automobile s’est engagée depuis une décennie dans une dérive pernicieuse avec la diésélisation croissante du parc.

En effet, comme le montrent les plus récentes études internationales, dont l’étude Aphekom, menée durant trois ans dans 25 villes européennes, la situation est loin d’être satisfaisante sur plusieurs fronts. Le premier, c’est celui des particules fines. Rien qu’à Paris, leur diminution d’un tiers augmenterait l’espérance de vie de la population de six mois ! La France est d’ailleurs dans le collimateur de la Commission Européenne pour non respect des normes en la matière. Et l’adoption des filtres à particules sur les diesels avec l’entrée en vigueur d’Euro 5 ne va pas forcément améliorer les choses ! Tout d’abord, ils n’éliminent pas toutes les particules ultra fines, jugées les plus dangereuses. Plus inquiétant, un rapport de l’AFSSET (l’Agence Française de Sécurité Sanitaire Et du Travail) d’août 2009 démontre que leur généralisation va entraîner une hausse des niveaux de dioxyde d’azote (NO2) pour les 20 prochaines années. L’horizon n’est donc pas si bleu qu’on veut nous le faire croire…

Ces gaz qui nous « enfument »

Concernant l’automobile, il existe pour le moment 5 types, ou plutôt 5 familles, de polluants réglementés pour l’homologation de véhicules particuliers en Europe : le monoxyde de carbone (CO), les oxydes d’azote (NOx), les hydrocarbures imbrûlés (HC), les hydrocarbures non méthaniques (NMHC) et les particules (PM).

Mais il en existe d’autres, guère plus fréquentables, comme l’ozone (O3) ou le protoxyde d’azote (N2O) dont il faut aussi parler.

Voici leurs « cartes d’identité ».

Le monoxyde de carbone (CO)

Il s’agit d’un gaz incolore, inodore, insipide, un peu plus léger que l’air et toxique.

Il est « célèbre » car les intoxications au monoxyde de carbone sont fréquentes l’hiver. Elles sont souvent causées par le mauvais réglage ou par une installation déficiente de chauffage domestique.

Comment se forme-t-il ?

Son apparition survient lors de la combustion incomplète de composés contenant du carbone. C’est le cas dans les moteurs où, par principe, la combustion s’effectue avec un excès de carburant par rapport à l’oxygène.

La quantité de CO émise varie fortement selon le type de véhicule et les conditions de trafic. Les diesels qui fonctionnent avec un mélange moins riche en carburant en émettent moins que les moteurs à essence.

Au démarrage, quand le moteur est encore froid ou quand le moteur tourne au ralenti, les émissions sont maximales. Quand le régime du moteur augmente, les émissions de CO diminuent (mais les émissions de NOx augmentent).

Quelle est la part de l’automobile dans la pollution au CO ?

L’automobile est responsable de 36 % des émissions totales de CO mais, en milieu urbain, le secteur des transports est responsable de 90 % des émissions de CO ! Le monoxyde de carbone peut donc être considéré comme un bon indicateur de la pollution causée par l’automobile.

Il faut souligner que le CO est le seul gaz faisant couramment l’objet de mesures pour les automobiles (lors des contrôles techniques).

Toutefois, il est rarement  mis en avant car les véhicules équipés de pots catalytiques émettent peu de CO.

Quels sont ses effets sur la santé ?

Quand il est inhalé, le monoxyde de carbone entre dans la circulation sanguine et peut provoquer des troubles dans l’oxygénation des tissus. L’affinité du CO pour l’hémoglobine est 210 fois plus forte que celle de l’oxygène.

  • 0,1 % de CO dans l’air tue en 1 heure ;
  • 1 % de CO dans l’air tue en 15 minutes ;
  • 10% de CO dans l’air tue immédiatement.

Les signes d’intoxication au CO sont des céphalées (environ 80 % des cas), des vertiges (75 % des cas), des nausées (51 % des cas). Le malaise est aussi fréquent. A plus forte dose, une perte de connaissance (16 % des cas) et coma (3 à 13 % des cas).

Que devient-il ?

Une fois émis dans l’atmosphère, le monoxyde de carbone est lentement oxydé en dioxyde de carbone (CO2). Il n’a pas d’effet sur l’environnement.

Quelle évolution ?

Depuis 1970, les émissions de monoxyde de carbone des voitures particulières ont été divisées par 50. Aujourd’hui, la première source de CO pour l’homme est la cigarette !


Les hydrocarbures imbrûlés (HC)

Les hydrocarbures imbrûlés sont constitués d’atomes de carbone (C) et d’hydrogène (H). Parmi les hydrocarbures, on compte les composés organiques volatils, ou COV, dont font partie les solvants.

Comment se forment-ils ?

Leur présence dans les gaz d’échappement a plusieurs origines :

– transfert direct lors du croisement des phases d’admission et d’échappement ;
– combustion incomplète parce qu’elle a été trop lente ou a démarré trop tard ;
– « qualité » insuffisante du mélange, soit lors du démarrage, soit lors de variations transitoires de la charge moteur.

Quelle est la part de l’automobile dans la pollution aux HC ?

Les voitures sont responsables de 58 % des émissions des hydrocarbures imbrûlés dans l’air.

Il n’y a pas de normes concernant les hydrocarbures imbrûlés (HC) en diesel car ses émissions sont naturellement faibles.

Grâce à l’introduction du catalyseur trois voies sur les voitures à essence, la quantité d’hydrocarbures non brûlés sortant du moteur est inférieure à 0,1 %. Toutefois, le catalyseur n’est efficient qu’au-dessus de 400°C, température qui n’est généralement atteinte qu’après 10 à 15 kilomètres de conduite. Or, c’est au démarrage que les émissions de gaz toxiques sont les plus importantes (environ 4 fois supérieures).

Avec le temps, les catalyseurs perdent également de leur efficacité. Au-delà de 100 000 km, on estime qu’ils ne fonctionnent plus qu’à 50 % et plus du tout au-delà de 200 000 km. D’autres facteurs peuvent gravement nuire à leur fonctionnement : un dérèglement moteur (même passager), un problème d’allumage, un choc, un carburant non adapté (le plomb les détruit), etc.

Quels sont leurs effets sur la santé ?

Les hydrocarbures peuvent avoir des effets sur le système nerveux, les globules et les plaquettes du sang. Ces troubles peuvent provoquer des pertes de connaissance.

Ils ont un effet déprimant sur le système nerveux qui engendre neurasthénie, dépression, anxiété. Dans le cas d’une exposition aiguë, ce sont des irritants des muqueuses et de la peau. Dans le cas d’une exposition chronique, de longue durée, ils provoquent des dégénérescences cérébrales et des cancers.

Que deviennent-ils ?

Les hydrocarbures imbrûlés ont une « seconde vie » de polluants. Ils participent en effet à la formation de l’ozone.

Quelle évolution ?

Depuis 1970, les émissions de HC des voitures particulières ont été divisées par 30.

Les hydrocarbures non méthaniques (NMHC)

Leur prise en compte est une nouveauté, apparue avec la norme antipollution Euro 5. Il s’agit de composés organiques volatils composés uniquement de carbone et d’hydrogène comme : les alcanes, alcènes, alcynes, le benzène, le toluène…

Comment se forment-ils ?

Ils se forment comme les HC. Les émissions varient beaucoup en fonction des phases de  fonctionnement du véhicule.

Elles sont beaucoup plus fortes :

– à froid ;
– lorsqu’il fait chaud ;
– en ville ;

– à faible vitesse (les émissions augmentent exponentiellement lorsque la vitesse diminue) ;

– sur un véhicule âgé (usure moteur, perte d’efficacité du catalyseur).

Les NMHC peuvent aussi se former à l’arrêt par :

– la respiration du réservoir ;

– l’arrêt moteur chaud avec élévation de la température de carburant.

Quelle est la part de l’automobile dans la pollution aux NMHC ?

Elle est presque négligeable, on l’estime inférieure à 1,5 %.

Quels sont leurs effets sur la santé ?

Les mêmes que les HC.

Que deviennent-ils ?

Comme les HC, ils participent à la formation de l’ozone.

A SUIVRE…

Jean-Luc Moreau

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