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Le gouvernement veut réduire de moitié le nombre de morts sur les routes à la fin de la décennie. Cet objectif est évidemment partagé par tous. Mais, les mesures annoncées sont-elles vraiment les plus efficaces ?

Avec une obstination qui force l’admiration, les pouvoirs publics continuent de faire de la lutte contre la vitesse excessive leur priorité, alors que la fatigue et l’acool au volant font bien plus de dégâts*. C’est ainsi que le nombre de radars continue à augmenter. Il va atteindre le nombre de 4200 d’ici la fin de l’année. Il sera alors au niveau optimum, mais les radars déjà installés vont évoluer pour être remplacés par des modèles plus intelligents. Les routiers, qui sont systématiquement en survitesse et non concernés, doivent sûrement trembler.

La vitesse, donc, reste la priorité numéro un. C’est en tout cas celle du CNSR (Comité National de Sécurité Routière), ce comité demande maintenant l’installation à bord de boîtes noires. Il s’agit de boîtiers enregistrant un certain nombre de paramètres (freinage, vitesse, port de la ceinture) et qui permettent de savoir, grâce à une mémoire tampon, ce qui s’est passé dans les 30 secondes avant un accident. Ils ont déjà été testés depuis de longues années dans les autocars et auprès de jeunes conducteurs. De tels appareils coûteraient 150 euros, selon les spécialistes. Toute la question est de savoir si ces appareils seraient obligatoires pour tout le monde, c’est  à dire sur les véhicules du parc, ou installés progressivement sur les voitures neuves (et auquel cas, il faudrait sans doute une approche européenne sur la question). Autre question en suspens : qui exploiterait les données en cas d’accident ? Les assureurs ? Des experts indépendants ?

Le véritable intérêt de cet appareil serait d’ordre statistique. Il permettrait – enfin – aux pouvoirs publics d’avoir un début de réponse sur les réelles causes d’accidents. Pour le moment, la seule politique est  celle de la répression.

L’autre cheval de bataille est le téléphone. Personne ne conteste que le fait de téléphoner puisse nuire à la concentration au volant, mais pourquoi le CNSR s’acharne-t-il sur cette question ? La consommation de cannabis n’est-elle pas tout aussi préoccupante, surtout quand elle se combine avec l’alcool… On entend dire que le mobile est responsable d’un accident mortel sur dix, ce qui est très controversé**. Ce n’est pas en interdisant les kits mains-libres que l’on va remédier à la situation, d’autant que la mesure serait par ailleurs difficilement applicable (mais elle rapportera de l’argent). Par contre, faire une campagne contre les SMS au volant n’est pas une mauvaise idée. Ce comportement est autrement plus dangereux que de tenir une conversation, car il oblige à lâcher le volant.

Certaines associations, ont bien essayé de « vendre » par exemple le LAVIA (un limiteur de vitesse s’adaptant aux limitations en vigueur) il n’y a pas si longtemps. A l’époque, le projet avait été relancé par Nicolas Sarkozy. On s’étonne d’ailleurs que le ministre de l’Intérieur n’ait pas suivi cette voie.

Cet acharnement des pouvoirs publics à vouloir « radariser » la France passe sous silence les vraies innovations technologiques qui permettront d’éviter de très nombreux accidents. Les systèmes d’aide à la conduite tels que le freinage automatique face à des obstacles (piétons, véhicules en ville), la détection d’angles morts, le régulateur de vitesse intelligent (qui réduit l’allure en fonction du trafic et maintient une distance de sécurité) vont se généraliser très rapidement. Et que ce sont les seuls moyens d’améliorer la sécurité, il suffit d’essayer des véhicules équipés de tels dispositifs pour se rendre compte de leur efficacité. Ces systèmes sont encouragés par l’association EuroNCAP, qui délivre les étoiles aux crash tests. A tel point qu’à partir de 2014, les constructeurs ne pourront plus obtenir cinq étoiles s’ils n’ont pas au moins un système d’aide à la conduite. On devine donc que la technologie va très vite se décliner sur les gammes et devenir plus abordable.

La généralisation des capteurs (radars, caméras vidéo) va donner un grand coup de frein à la mortalité routière, parce que la technologie va éviter les accidents. Déjà, certains constructeurs disent – tel Volvo par exemple – qu’il n’y aura plus de morts dans leurs voitures à horizon 2020.

Le gouvernement français, qui semble vouloir pousser aussi la voiture sans chauffeur (où nous sommes en retard par rapport aux allemands, malgré le savoir-faire de Valeo) devrait pousser ces technologies pour réduire les accidents. A défaut de dégager des moyens pour former les automobilistes, le salut dès lors ne peut venir que de la machine. Et demain, les voitures qui auront des yeux et des oreilles pourront voir à travers le brouillard et la nuit, freiner toutes seules et même se ranger sur le bas-côté si le conducteur s’endort.

En favorisant des techniques qui peuvent s’exporter, on aidera l’industrie automobile française et on réduira au passage la mortalité routière. En poursuivant une répression aveugle, qui consiste à imposer des équipements dont personne ne veut, on la tue à petit feu.

*Ce que met en évidence l’observatoire de 40 millions d’automobilistes.

**Là encore, un gros mensonge relevé par 40 millions, qui explique que ce chiffre a été calculé à partir d’une synthèse d’études internationales. La statistique 1 accident sur 10 est ensuite devenue 1 accident mortel sur 10, les médias la répétant ensuite en boucle.

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