Le titre de ce « post » est paradoxal. Alors que le mois d’août qui vient de se terminer est historique, avec la plus belle performance jamais enregistrée sur ce marché, nous titrons : « mauvaise nouvelle ». Oui, c’est une mauvaise nouvelle car ce record ne repose que sur la performance des deux marques du groupe PSA : Peugeot a immatriculé 508 VPE, Citroën 418. Les autres constructeurs se partagent les 34 immatriculations restantes autant dire qu’ils disparaissent peu à peu des écrans radar. PSA engrange les bénéfices de sa grande braderie du type « tout doit disparaître avant fermeture » ou « avant l’arrivée de la Zoé »…  Quelle sera la politique du groupe dans ce domaine lorsqu’il aura liquidé ses vieux stocks de Ion ou de C0 ? Parions que le groupe favorisera plutôt sa gamme hybride réellement innovante composée des 3008 Hybrid 4, 508 RXH, 508 Hybrid4 ou autre DS5 Hybrid. Il est vrai qu’en ces périodes de disette budgétaire, il est difficile de courir plusieurs lièvres à la fois.

Mais cette politique de prix cassé risque d’avoir d’autres conséquences plus sournoises à long terme :

– Elle met d’abord à mal le futur marché de l’occasion de ces véhicules ainsi que les politiques de valeur résiduelle mises en place par les loueurs longue durée voire par le constructeur lui même. Rappelons-nous, il y a 8 mois le prix catalogue d’une Ion était autour de 35 000 €. Les loueurs les plus hardis pouvait espérer une valeur résiduelle de 33 % pour une durée de 36 mois et pour un total de 60 000 kilomètres soit 11 500 €. 8 mois plus tard ce même véhicule est vendu neuf à 10 900 € , soit à un prix en dessous de la valeur résiduelle estimée. L’opération est désastreuse financièrement pour ces professionnels, mais surtout elle donne raison à ceux qui hésitaient à acheter ou à financer de tels véhicules. Aujourd’hui, pour les entreprises, il va devenir encore plus urgent d’attendre car le marché n’est vraiment pas assez mur pour s’y risquer. Ajoutons à cela les défaillances de Think et de Eco et Mobilité et le marché du véhicule électrique professionnel risque de se figer.

– Elle accrédite l’idée qu’un véhicule électrique n’est pas cher, or ce n’est pas le cas. 10 900 € batterie comprise pour une Ion, 99 € par mois pour une C0, c’est donné, même si la voiture est un peu ancienne. Cette guerre des prix artificielle (ce sont des soldes) est soutenue par des pouvoirs publics qui augmentent temporairement le bonus écologique sur les véhicules électriques (7 000 € au lieu de 5 000 €) et hybrides. Si c’est une politique de long terme, elle aidera la filière à se développer. En revanche, si ces aides sont remises en cause dans quelques mois, les véhicules électriques seront alors vendus à leur vrai prix et la déception risque d’être forte.

Le véhicule électrique a besoin de temps et de constance pour se développer. Il ne faut pas inquiéter le marché, ce serait le pire service à lui rendre.

La pression monte sur la Zoé. Espérons que les acheteurs n’attendront pas la prochaine braderie ou le prochain maxi bonus. Ce serait désastreux pour Renault qui a eu le courage de prendre des risques pour sortir une belle et vraie voiture électrique.

Philippe Brendel