Dans un questionnaire envoyé aux candidats à la Présidentielle, la Prévention Routière pose un certain nombre de questions, dont celle-ci : êtes-vous déterminé(e) à interdire totalement l’usage du téléphone en conduisant, que ce dernier soit tenu en main ou utilisé avec un kit mains libres ? C’est la 5ème d’une série de 6 questions.

Ce sujet revient périodiquement dans l’actualité, généralement à l’initiative d’associations qui mènent des croisades comme la Ligue contre la Violence Routière. La Sécurité Routière, qui dépend du ministère de l’Intérieur, a pour sa part relayé l’an dernier les conclusions d’un groupe d’experts (INSERM, IFSTTAR) selon qui un accident sur dix est dû au téléphone au volant. Une moyenne qui s’appuie sur l’analyse de 400 documents provenant du monde entier (mais très pauvre pour ne pas dire inexistant sur le cas de la France).

Personne ne niera que téléphoner peut nuire à la concentration (davantage qu’écouter la radio). La loi interdit d’ailleurs de tenir le mobile à la main depuis 2003. L’amende a même été renforcée à 135 € (au lieu de 35) et se double d’un retrait de 3 points.

Le discours, relayé par ce rapport et par les associations, consiste à atténuer l’impact du kit mains-libres et à réclamer l’interdiction pure et simple du téléphone au volant.

Bizarrement, ces fameux experts ignorent ce que font les constructeurs (qui n’ont pas été consultés sur ce point, pas plus d’ailleurs que les fabricants de mobiles). Ils ne savent pas que Renault propose déjà depuis 2006 un système* qui prévient l’interlocuteur au bout du fil que son correspondant est en train de conduire (ce dernier est alerté par une discrète tonalité qu’on essaie de le joindre et peut refuser l’appel). Dans le monde entier, les constructeurs généralisent la technologie Bluetooth pour faciliter la communication à bord, certains ajoutant le pilotage par reconnaissance vocale et proposant en outre l’appel d’urgence. Ils font en sorte aussi de proposer des services connectés pouvant améliorer la sécurité (trafic, météo) ou le confort, et dont certaines ne sont disponibles qu’à l’arrêt. Internet à bord est déjà une réalité et ce n’est pas forcément un drame, tant que les contenus sont intégrés de façon lisible et adaptée à la conduite. La connectivité permet d’avoir des services utiles avec des infos en temps réel et réactualisées, ce que les services de l’Etat sont bien incapables d’offrir aux automobilistes.

Bien sûr, on peut déplorer ici et là des fonctions comme la lecture vocale des SMS et la dictée d’e-mails en conduisant. Ce n’est pas forcément indispensable… Mais, c’est aussi un souhait très fort de la part des conducteurs, et en particulier des jeunes.

Alors, peut-on interdire malgré tout le téléphone au volant ?

Le prochain Président de la République peut le décider. Mais, la mesure sera très difficile à appliquer. Les pouvoirs publics ont déjà essayé d’interdire les avertisseurs de radars avec le succès que l’on sait. Ces appareils font la même chose qu’avant, sauf qu’on a remplacé le mot radars par zones dangereuses. Et aucun expert ne s’est encore penché sur les perturbations engendrées par ces systèmes qui bipent sans arrêt.

La lutte contre les comportements déviants (SMS, lecture et envoi d’e-mails, télévision ou vidéos) doit être renforcée et faire l’objet de sanctions lourdes. Mais, il paraît illusoire de pouvoir empêcher la communication à bord. Autant essayer de l’adapter intelligemment dans le véhicule.

*Il a été développé par Parrot pour Renault et repose sur une connexion Bluetooth, en lien avec l’autoradio ou le GPS.

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