On le disait enterré, abandonné par les constructeurs au profit de la voiture électrique et de l’hybride. Pas si sûr… L’hydrogène serait même complémentaire au VE. La pile à combustible est toujours poussée en avant par certaines marques qui vont d’ailleurs aller à la rencontre du public en 2011.
A Paris, on a tendance à penser que l’hydrogène est une fausse bonne idée et qu’il faut donner la priorité aux véhicules électriques à batterie. Mais, on ne l’entend pas de la même oreille à Detroit, Tokyo, Séoul et Stuttgart. Rappelons que plusieurs constructeurs, et non les moindres, ont pris l’engagement de commencer à produire des véhicules à pile à combustible à partir de 2015. Il s’agit de General Motors (et pour l’Europe, Opel), Ford, Toyota, Nissan (dans le cadre de l’Alliance avec Renault), Honda, Hyundai-Kia et Daimler. Ces marques en avaient fait l’annonce peu de temps avant la célèbre conférence sur le climat de Copenhague. Dernièrement, Hyundai a par exemple levé le voile sur la dernière version de la ix35 FCEV, qui revendique 650 km d’autonomie et dont la taille des composants a été réduite de 20 %.
Mercedes part en tournée avec la Classe B
C’est même un point important pour Mercedes qui, aujourd’hui est l’un des rares constructeurs à produire les trois formes d’électrification de l’automobile : l’électrique à batterie ( avec la Smart ED, la Classe A E-Cell et le Vito E-Cell), l’hybride (avec S400 en attendant la S500 hybride rechargeable), et la pile à combustible avec la Classe B F-Cell. 
Selon Daimler, la pile à combustible est sans aucun doute la technologie la plus prometteuse dans son domaine : zéro émission de Co2, des temps de recharges en hydrogène très courts et un système qui peut s’adapter à tous les types de véhicules. Pour le démontrer, le groupe a décidé de lancer une tournée mondiale : le « Mercedes-Benz F-CELL World Drive ». Cette tournée débutera à Stuttgart le 29 janvier prochain. La date n’a pas été choisie par hasard, puisqu’elle marquera les 125 ans de Mercedes (et donc de l’automobile). En guise de clin d’oeil à ce jubilé, la tournée durera précisément 125 jours et traversera pas moins de 4 continents : Europe, Amérique, Australie et Asie. La France fait naturellement partie des pays traversés. Deux dates sont prévues à ce jour : le 1er février à Paris et le 3 février à Lyon.
GM fait rouler des voitures à Hawaï et en Allemagne
General Motors lance à son tour une offensive sur l’hydrogène. Le géant américain est impliqué dans un programme à Hawaï, qui a pour nom H2I (Hawaï Hydrogen Initiative). L’objectif est de bâtir une infrastructure avec 25 stations de remplissage d’ici 2015, réparties dans des endroits stratégiques. L’état d’Hawaï souhaite mettre en place une mobilité durable, avec un accès facilité à l’hydrogène pour un million d’habitants. GM vient de livrer un premier exemplaire de la Chevrolet Equinox à hydrogène à la Marine américaine. La Navy et le premier des 11 partenaires (parmi lesquels des entreprises et des universités) à en disposer. Pendant ce temps, en Europe, la filiale Opel étend les tests de ses véhicules Hydrogen4. Après Berlin, où la marque au blitz est liée au consortium CEP (Clean Energy Partnership), elle va faire rouler ses voitures à pile à combustible à Düsseldorf, ainsi que dans la Rhénanie du Nord-Westphalie. Dans la capitale allemande, Opel teste au quotidien des véhicules Hydrogen4 auprès de partenaires tels que l’ADAC, Allianz, Axel Springer AG/Bild, Coca-Cola, Enertrag, Hilton, Ikea, Linde, Pace, Schindler, Total et Veolia. Et, à ce jour, General Motors totalise 2,2 millions de km parcourus et 17 000 pleins d’hydrogène sans avoir rencontré le moindre problème.

*Depuis 2004, le consortium CEP procède à des tests dans Berlin avec des partenaires comme BMW, Daimler, Ford, Toyota, VW…. Il prépare actuellement la phase de préparation du marché, sur la période 2011-2016.
Volvo choisit la PAC comme prolongateur d’autonomie
La pile à combustible pourrait servir aussi à augmente le rayon d’action des voitures électriques. C’est l’option choisie par exemple par Volvo. Le constructeur, soutenu par l’agence suédoise de l’énergie, développe avec Powercell Sweden AB* un reformeur qui pourrait produire de l’électricité à partir de carburant et alimenter ainsi la pile. Ainsi, l’autonomie serait augmentée de 250 km (en plus de celle de la batterie classique). Soit, 400 km de rayon d’action. Le reformeur est un système qui casse les molécules de carburant (quel qu’il soit, y compris des biocarburants) pour en faire de l’hydrogène, qui va servir ensuite à produire de l’électricité, sans rejets de dioxyde d’azote, de dioxyde de soufre et de particules. L’opération génère du CO2 au passage, mais moins qu’avec la combustion d’un moteur thermique. L’idée du reformeur est pertinente, car, en l’absence d’un réseau de distribution d’hydrogène, on peut quand même alimenter la pile à combustible.
L’objectif est d’avoir deux prototypes sur la route en 2012.
*Powercell Swzeden AB est une filiale du groupe Volvo, dont les produits ont d’abord été initiés pour les branches camions et marine.
L’hydrogène reconsidéré en France ?
En France, la pile à combustible pourrait faire son retour dans le cadre du grand emprunt. La PAC est de nouveau considérée, en tant que prolongateur d’autonomie pour le véhicule électrique à batterie. Les pouvoirs publics semblent se rendre compte que l’Allemagne, qui emploie les grands moyens pour l’électromobilité, mise autant sur l’hydrogène que sur l’électrique à batterie. Ensuite, cette solution est tout simplement évidente. Le problème de la voiture électrique vient du fait qu’il faut beaucoup de batteries pour avoir une autonomie « correcte », ce qui renchérit le prix et augmente le poids. En revanche, avec moitié moins de batteries et une petite pile à combustible, on augmente de façon substantielle l’autonomie et la voiture revient moins cher. Chez les constructeurs nationaux, PSA poursuit ses travaux avec sa 307 CC Fisypac, qui est un véhicule hybride avec pile à combustible. Renault a déjà présenté un véhicule à hydrogène (la Scenic ZEV H2) et bénéficie de l’expérience de Nissan en la matière. L’hydrogène est donc de retour dans la course. On verra d’abord des petites piles venir suppléer la carence des batteries avant que les piles ne grandissent en taille (tout en réduisant les coûts, car beaucoup de progrès ont été effectués de ce côté là) et ne remplacent les coûteuses et encombrantes batteries au lithium-ion. Car, il ne faut pas oublier que la voiture à hydrogène fait partie de la grande famille de la voiture électrique.

Laurent Meillaud

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