Le marché des voitures particulières et des utilitaires électriques a connu une croissance de 7,9 % en 2014 avec un nombre total de 15 046 immatriculations. Cette croissance est bien pâle comparée à celle de 50 % constatée entre 2012 et 2013. Le marché serait-il en voie de stabilisation ?

Nous pourrions le penser en analysant l’évolution des immatriculations de véhicules utilitaires électriques de 2013 à 2014. Ce marché marque le pas avec une baisse de 13 % marquée notamment par la chute des ventes du Kangoo ZE (-36 %). Nous sommes loin des engagements très optimistes des grandes entreprises au moment de la publication du rapport Bailly en 2008 qui prévoyait un parc cible de 50 000 véhicules utilitaires sur cinq ans. Six ans après, fin 2014, ce sont un peu plus de 15 000 VUE qui ont été immatriculés.

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Le marché des véhicules particuliers électriques a augmenté de 20 % fortement dopé par les immatriculations de véhicules de démonstration et des constructeurs qui constituent le principal canal d’immatriculation du VPE (3 880 immatriculations soit 37 %) juste devant celui des particuliers (3 831 unités soit 36 %). Cette augmentation de volume est comme l’année dernière assez factice.

La part des entreprises est en légère régression et passe de 26 % en 2013 à 24 % en 2014 (2 577 unités). Le véhicule électrique particulier a décidément du mal à intéresser les entreprises.

Le marché du véhicule électrique déçoit par rapport aux attentes que beaucoup avaient placées dans sa croissance, sans doute exagérée. L’arrivée de nouveaux constructeurs de poids comme Volkswagen avec son e-Golf ou sa e-Up ou BMW avec son i3 pouvait laisser espérer mieux. En revanche, Renault s’est bien repositionné avec sa Zoé en proposant à l’été des offres alléchantes à partir de 169 € par mois, location de batteries et installation de la prise comprises, ainsi que le très attendu câble de recharge pour prise standard. Les immatriculations qui étaient en berne au premier semestre ont été dopées par cette offre et l’année s’est terminée avec un plus haut historique de 1 644 immatriculations en décembre. Le début de l’année 2015 est attendu avec impatience pour vérifier si cette hausse est durable ou non.

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Le marché du véhicule électrique est un marché étroit qui réagit fortement aux commandes publiques ou aux annonces médiatiques. Les pouvoirs publics ont la volonté de pousser le véhicule électrique et multiplient les annonces : crédit d’impôt de 30 % pour installer une borne de recharge à domicile ; superbonus de 10 000 € annoncé dans la future loi de transition énergétique, mais qui, à l’analyse, se révèle bien peu intéressant ; arrivée de Bolloré candidat à la construction d’un réseau national ; annonce d’EDF qui souhaite construire un réseau de 200 bornes de recharge sur les aires d’autoroutes ;   développement de l’autopartage public… partout les initiatives nationales et européennes se multiplient pour favoriser la croissance du marché, sans compter les campagnes et mesures anti-diesel…

Les atouts du véhicule électrique sont connus : silence, puissance, pas de pollution en sortie du pot d’échappement. Ceux qui ont conduit des voitures électriques sont unanimes à reconnaître ses qualités et sont enthousiastes. Le prix d’achat des voitures électriques devient accessible pour beaucoup. Contrairement à ce qu’il s’est passé il y a 12 ans, le véhicule électrique a franchi le point de non-retour et va s’installer durablement dans nos rues et dans nos tableaux statistiques.

Malheureusement cet enthousiasme se heurte aux réalités : 

– L’autonomie dépasse difficilement les 120 km sauf pour les heureux utilisateurs d’une Tesla Model S. Même si, en théorie, la majorité des conducteurs ne roulent pas plus de 40 km par jour, les utilisateurs sont réticents à investir dans un véhicule exclusivement réservé aux petits trajets urbains. Beaucoup auront besoin d’une deuxième voiture pour les plus grands trajets.

– L’habitat urbain ne se prête pas facilement à la recharge d’un véhicule électrique. L’équipement des parkings résidentiels se heurte à la résistance des autres copropriétaires qui ont peu envie de financer des travaux inutiles pour eux. Ceux qui n’ont pas de parkings ne se posent même pas la question d’acheter ou non un VE. Les meilleures cibles des constructeurs sont les habitants des proches banlieues habitant en pavillon et les entreprises possédant des parkings.

– Les infrastructures de recharge sont encore peu répandues. Un réseau dense de points de recharge est important pour le développement de la filière, mais la question du temps de recharge d’un véhicule électrique l’est tout autant, sachant qu’il faut environ entre 30 min et 10 heures pour recharger une batterie de 20 kWh selon le point de recharge utilisé (recharge rapide, accélérée, normale ou lente).

– Enfin les entreprises qui font attention à leurs coûts d’usage automobiles vont y regarder à deux fois avant d’investir dans un véhicule aux possibilités limitées et au coût d’usage (TCO) plus élevé que celui d’un véhicule diesel voire d’un véhicule essence pour répondre à un même besoin.

Tous ces freins qui sont connus depuis longtemps seront levés peu à peu. La règlementation facilitera la vie aux copropriétaires, les crédits d’impôt allégeront la facture de l’installation d’une prise murale, les bonus seront maintenus ou augmentés, le réseau de recharge public va se densifier, les villes limiteront de plus en plus l’accès de leur centre aux voitures polluantes et surtout la technologie permettra une plus grande autonomie en installant des batteries de plus en plus performantes et peu coûteuses ou en associant d’autres technologies venant soutenir la technologie électrique.

BMW a montré la voie : son i3 est un véhicule électrique auquel le constructeur a prévu d’adjoindre un prolongateur d’autonomie portant l’autonomie de 150 à 300 km. Mais nous avons déjà changé de technologie, ce n’est plus tout à fait un véhicule 100 % électrique mais presque un véhicule hybride rechargeable.

Nissan leader mondial du véhicule électrique, veut doubler l’autonomie de ses véhicules. Selon Nissan, les conducteurs européens de la Leaf (premier véhicule électrique vendu dans le monde avec 160 000 exemplaires) parcourent un kilométrage annuel de 16 600 km, ce qui est supérieur au kilométrage moyen européen effectué avec un véhicule thermique (11 500 km).

C’est pourquoi Nissan veut lutter contre l’anxiété liée à la faible autonomie des véhicules électriques et veut augmenter fortement l’autonomie en une seule charge de ses futurs modèles. La prochaine génération de Leaf attendue en 2017 ou 2018 pourrait doubler l’autonomie de 134 km de la génération actuelle. Il en serait de même avec la Zoé.

Certains constructeurs comme Tesla et Panasonic annoncent des modèles électriques avec 350 km d’autonomie, autour de 30 000 €, d’ici deux ans.

Avec telle autonomie et  une infrastructure de recharge qui va aussi se développer dans le même temps, le marché de la voiture électrique devrait retrouver des couleurs.

Le véhicule électrique, VP ou VU, ne sera sans doute pas à court terme un véhicule de masse, mais un véhicule de niche répondant à des besoins précis et limités avant de convaincre d’autres utilisateurs au fur et à mesure des évolutions technologiques. Ce n’est déjà pas si mal.

Philippe Brendel