Il y a encore quelques années, les entreprises, quelle que soit leur taille, achetaient et immobilisaient dans leur bilan les véhicules nécessaires à leur exploitation. Le prix catalogue remisé du véhicule représentait alors le principal critère de choix aux côtés des critères techniques.
Avec la croissance des flottes d’entreprises, le seul critère du prix est vite devenu insuffisant et les entreprises ont commencé à prendre en compte d’abord les coûts d’entretien courants, la consommation, la fiscalité et la valeur de revente… Cette notion de coût d’usage ou TCO en anglais (Total Cost of Ownership) a été confortée par l’explosion de la location longue durée, d’abord au sein des grandes entreprises, puis peu à peu au sein des PME et dans une moindre mesure parmi les TPE. En effet, par construction, un loueur de véhicules en longue durée fait payer à son client le coût d’usage d’un véhicule, notamment la dépréciation du véhicule, les frais financiers, les coûts d’entretien, parfois l’assurance. Le progrès conceptuel accompli était alors considérable, et la notion de TCO a commencé à s’étendre parmi les gestionnaires de grandes flottes. Ceux-ci se sont mis à choisir leurs véhicules en fonction des TCO comparés de véhicules adaptés aux besoins de leur exploitation. Cette notion de TCO véhicule est tout d’abord prédictive, elle permet de calculer un coût d’usage du véhicule en fonction d’éléments connus ou évalués au départ. En revanche, elle ne prend pas en compte l’influence de la conduite du conducteur sur les coûts ni les frais de gestion administrative d’une flotte. C’est pourquoi, il ne faut pas parler du TCO mais des TCO : ce sont nos 3 TCO.

1/Le « TCO véhicule »

Une fois déterminées les caractéristiques du véhicule qui conviennent le mieux aux besoins de l’exploitation de l’entreprise (véhicule particulier ou véhicule utilitaire), les leviers permettant d’agir sur ce TCO prédictif sont nombreux :
Le prix d’achat bien sûr ou mieux encore le prix négocié du véhicule : les constructeurs ne manquent pas d’imagination pour attirer les clients avec des conditions commerciales alléchantes qui parfois d’ailleurs compensent la faible tenue de la valeur du véhicule dans le temps.
Les frais financiers supportés pour exploiter un véhicule. Les frais financiers sont toujours présents sous une forme ou sous une autre, que le véhicule ait été acheté au comptant, à crédit ou même loué.
La valeur prévisible de revente à la fin de la période d’utilisation envisagée, appelée encore valeur résiduelle. La tenue de cette valeur résiduelle dans le temps dépend beaucoup de l’image de la marque, de la réputation du modèle, de la politique commerciale du constructeur qui vont faire que tel véhicule sera plus ou moins demandé sur le marché du véhicule d’occasion.
La consommation. Les normes de calcul actuelles permettent de comparer à la fois les consommations et les émissions de CO2 des véhicules. Certes, ces normes mettent en avant des valeurs très en deçà de la réalité de la conduite quotidienne, mais elles ont le mérite d’exister et permettent de comparer des voitures avec un même instrument. L’énergie choisie, essence ou diesel n’est pas non plus sans importance. Il faudra veiller à la choisir en fonction de l’usage et non pas des modes. Une motorisation diesel par exemple, du fait de son surcoût à l’achat et à l’entretien, n’est pas forcément adaptée aux faibles kilométrages.
Les coûts d’entretien vont dépendre de la conception du véhicule et de la qualité de ses composants. Ils peuvent varier très fortement dans le temps et grever de façon significative le coût total d’exploitation. Il en est de même pour les pneumatiques.
La fiscalité enfin peut représenter plus de 20 % du coût total d’usage. Si les véhicules utilitaires bénéficient d’une fiscalité de droit commun : TVA récupérable sur l’achat, sur les frais d’entretien, sur les loyers et ne sont pas soumis à d’autres matraquages fiscaux, il n’en est pas de même des véhicules particuliers surtout si ceux-ci sont utilisés à des fins personnelles par les collaborateurs des entreprises. Taxe annuelle sur les Véhicules de Sociétés (TVS) calculée en fonction du taux d’émission de CO2 des voitures, Amortissements Non Déductibles (AND) exigibles annuellement pour les voitures particulières d’un prix supérieur à 18 300 €, charges sociales patronales sur les Avantages en Nature (AEN), calculés eux aussi annuellement, le plus souvent en appliquant un coefficient forfaitaire sur le prix de la voiture. Il faudra également compter avec la TVA non déductible sur l’ensemble des frais relatifs à un véhicule particulier.

2/Le « TCO conducteur »

Toutefois, ce concept de TCO, ou coût d’usage prédictif comme nous devrions plutôt l’appeler, se révèle lui aussi insuffisant pour bien suivre les coûts d’une flotte. Si le suivi d’un coût d’usage prédictif reste un critère avancé robuste de choix et de comparaison des véhicules, il convient aussi de suivre les effets que peut avoir la façon de conduire des conducteurs sur le coût d’usage de ce véhicule. Chaque conducteur étant par définition différent, celui-ci influencera par sa conduite, la consommation, l’entretien, les frais de remise en état, l’accidentalité et donc les primes d’assurance et les coûts directs ou indirects liés aux accidents. Il devient donc capital de suivre et de maîtriser ce « TCO conducteur » qui peut augmenter de 20 à 40 %  le « TCO véhicule ».
Les moyens d’agir dépendent de la seule entreprise et de sa volonté d’investir dans la sensibilisation et la formation de ses collaborateurs.
Pour agir sur les consommations par exemple, l’entreprise pourra doter ses conducteurs d’une carte carburant permettant de mieux suivre les enlèvements de carburant. Elle pourra aussi former ses conducteurs à l’écoconduite qui permet des économies de carburant d’au moins 10 %. Elle peut aussi installer sur ses véhicules des boitiers de remontées d’informations permettant de mieux suivre les kilométrages, les informations techniques et les alertes, ainsi que la façon de conduire du conducteur. Elle peut aussi optimiser les tournées de ses collaborateurs grâce aux technologies de suivi embarquées. Elle peut enfin travailler sur les organisations et les mobilités alternatives pour minimiser le recours aux véhicules.
Le poste assurance au sens large ne recouvre pas simplement la prime payée à l’assureur. Cette prime est certes importante, mais elle dépend de l’accidentologie de l’entreprise. En premier lieu, une politique visant à doter les véhicules d’entreprise d’équipements de sécurité et de confort indispensables comme l’ABS, l’ESP, les radars de recul, le GPS, la cloison de séparation, l’aménagement intérieur… sera déterminante sur la fréquence des accidents et sur leurs conséquences. Cette politique d’équipement doit s’appliquer, notamment, aux véhicules utilitaires souvent oubliés dans ce domaine.
L’entreprise doit aussi agir auprès de ses conducteurs pour leur apprendre à être moins accidentogène d’abord pour leur propre intégrité physique, mais aussi pour des questions de coûts (primes d’assurance, gestion des accidents, immobilisation des véhicules, location de véhicules relais, temps perdu, état général du véhicule…). Une politique de suivi de l’accidentalité dans l’entreprise et de Prévention des Risques Routiers sera capitale pour réduire ce poste de dépense.

3/Le « TCO flotte »

Enfin, plus les flottes sont importantes, plus la gestion de celles-ci engendre des coûts périphériques induits importants qu’il conviendra aussi de suivre pour être complet, c’est le « TCO flotte ».
D’après une étude du magazine belge PMEKMO, la gestion d’une voiture demande environ 26 heures de travail par an (soit 720 €) pour accomplir l’ensemble des tâches administratives que requiert sa gestion. Pour optimiser ce TCO flotte, il conviendra là encore de travailler sur les organisations, les processus, les automatisations voire sur la sous-traitance de certaines taches. Le travail sur ce TCO flotte représente donc un enjeu important.

Conclusion
Ce n’est donc pas un TCO qu’il s’agit de suivre, mais bien trois, les deux derniers sont encore trop ignorés alors qu’ils peuvent représenter des sources d’économies considérables.
En ces périodes économiques chahutées et risquées, les entreprises doivent contenir leurs coûts de déplacement et regarder avec attention chaque composante de ces coûts. Si beaucoup de progrès ont été réalisés depuis une dizaine d’années, il reste encore des marges de progression importantes qui sont encore trop ignorées. C’est pourquoi l’Observatoire du Véhicule d’Entreprise a lancé le 14 février dernier l’OVE TCO Tour, tour de France consacré à l’optimisation des coûts de gestion des flottes automobiles et à la traque des coûts cachés.

Philippe Brendel

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