Les grands constructeurs automobiles ont déjà montré leur intention de produire des voitures électriques. L’industrie est prête pour la production de masse. Quelle sera la taille de ce marché ?  Comment les consommateurs vont-ils réagir ?

Pour les individus, cet achat peut être motivé entre autres, par la nouveauté de la technologie et l’aspect écologique. Mais pour les entreprises, la seule vérité est le coût de détention du véhicule. Comment comparer les coûts d’un véhicule électrique (VE) à un modèle de voiture à moteur thermique ? Pour répondre à cette question, les entreprises doivent tenir compte des facteurs externes – c’est-à-dire, l’infrastructure et les programmes de soutien gouvernementaux – et du coût d’utilisation des véhicules.

Les programmes de soutien

Certains gouvernements européens ou des collectivités vont instaurer des programmes d’aide aux VE. Ces soutiens peuvent être financiers comme les 5 000 € de bonus en France, ou indirects, comme en Norvège où les VE peuvent rouler dans des couloirs de bus. Bien sur, ces avantages sont déterminés par les conditions locales et dépendent de la façon dont les voitures sont utilisées par les entreprises. Par exemple, Londres limite l’usage des voitures thermiques dans le centre ville afin de réduire la pollution. Les voitures électriques ne sont pas soumises à ces contraintes, ce qui peut représenter un avantage réel pour les entreprises concernées.

L’infrastructure

Un des avantages des VE est que le réseau électrique est déjà en place et accessible. Mais des bornes dédiées sont recommandées pour des raisons de sécurité et leur facilité d’installation près des places de parking. Les bornes à charge rapide permettent aussi de réduire le temps de rechargement en dessous d’une demi-heure.

La création de cette nouvelle infrastructure a un coût, mais elle a aussi des avantages substantiels. Par exemple, certaines entreprises utilisent des voitures électriques pour faire des trajets courts entres leurs bâtiments, chacun possédant ses propres bornes. Les conducteurs perdent moins de temps dans les stations d’essence.

Le coût par kilomètre

Comparons maintenant le coût  d’utilisation d’un VE à celui d’un véhicule thermique, en supposant que le loyer d’un véhicule thermique est ou sera plus ou moins le même que celui d’un VE  sans sa batterie.

Le graphe ci-dessous illustre cette comparaison. Comme il faut financer la batterie, le propriétaire du VE doit payer un loyer fixe chaque  mois (même s’il n’utilise pas la voiture). Mais le prix de l’énergie par kilomètre d’un VE est  environ le quart de celui d’une voiture à moteur thermique (électricité : 0,12 € par kwh, thermique : 1,23 €/l pour une consommation de 7 l/100 km.)  La conséquence est que plus on effectue de kilomètres chaque jour plus le VE est intéressant.

Dans notre exemple, si on suppose que la batterie est financée (ou louée) sur 8 ans, la voiture électrique devient moins chère qu’une voiture diesel si on effectue plus de 25 000km par an (ou une moyenne de 68 km par jour, en comptant les jours de congés).  En tenant compte d’une autonomie pour les VE de plus 100-150km, on peut imaginer qu’avec un usage intensif, le VE peut devenir moins chère qu’une voiture diesel.

Ceci démontre aussi l’importance potentielle des bornes à charge rapide, puis qu’elles diminueront le temps de rechargement, et augmenteront de facto  leur consommation potentielle de kilomètres.

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Cet exemple est construit sur deux hypothèses :

– En premier lieu nous avons supposé que ces batteries seront amorties sur huit ans. Si une entreprise achète ou finance ces batteries elle-même, la durée de cet amortissement est un élément déterminant du coût comparatif de la voiture électrique. Dans notre exemple, si on amortissait la batterie sur quatre ans au lieu de huit, le VE ne deviendrait compétitif qu’au-delà de 45 000km/an (au lieu de 25 000 km). Jan-Olaf Willums, l’ancien PDG de Think (une marque de voiture électrique Norvégienne) a créé une nouvelle société pour gérer ces risques de financement des batteries. Mr Willums pense que les batteries représentent toujours un goulot d’étranglement potentiel pour l’industrie du VE.  Sa société, ZEM (Zero Emission Mobility) propose une « carte de santé de batterie » pour les voitures électriques. Cette « carte de santé » vise à estimer la durée de vie des batteries et à conseiller le mode d’emploi optimal pour préserver et allonger leur vie, ce qui réduira d’autant  le coût des voitures électriques pour les entreprises.

– En deuxième lieu, nous avons valorisé les batteries sur la base de 400€/kwh. Les prix actuels non-subventionnés sont plus élevés (autour de 700€/kwh), mais les analystes prévoient une réduction rapide de ces prix – ce qui veut dire que les voitures électriques vont devenir bien meilleure marché dans les prochaines années.

Salman Farmanfarmaian