air liquide stationPendant que de grands constructeurs mondiaux mettent le turbo sur la pile à combustible et que l’Allemagne planifie son réseau de distribution, l’hexagone continue de se regarder le nombril et d’ignorer superbement cette nouvelle forme d’énergie.

L’information est tombée lundi. Dans le cadre de l’initiative « H2 Mobility », qui réunit plusieurs partenaires privés outre-Rhin, un accord a été conclu pour mettre en place un réseau de stations d’hydrogène sur tout le territoire allemand. D’ici 2023, c’est-à-dire dans tout juste dix ans, l’objectif est d’étendre le réseau actuel, qui compte 15 stations, à environ 400 stations qui couvriront l’ensemble du pays. L’investissement global de l’ensemble des partenaires s’élèvera à environ 350 millions d’euros.

Le plus drôle, c’est que dans la liste des partenaires donateurs, on retrouve certes Daimler et Linde, (qui sont allemands), OMV (la régie autrichienne de gestion du pétrole), Shell, mais aussi les français Air Liquide et Total. Oui, vous avez bien lu ! Total, que l’on accuse souvent d’entraver le progrès, investit (et ça ne date pas d’hier) dans l’hydrogène. Mais pas en France.

En Allemagne, on travaille depuis longtemps sur l’hydrogène et cette forme d’énergie a été intégrée dès le départ dans le plan pour l’électromobilité. Et comme nos voisins sont pragmatiques, ils travaillent en amont sur le réseau, de façon à pouvoir accueillir les véhicules à hydrogène qui seront disponibles sur le marché dans les prochaines années. La première étape consistera à déployer 100 stations d’hydrogène en Allemagne au cours des 4 prochaines années.

En France, ce thème est curieusement absent des 34 programmes visant à réindustrialiser le pays. Il faut dire que l’hydrogène ne fait pas consensus. Une explication à cela ? Oui, plusieurs même. PSA Peugeot Citroën n’en voit pas l’utilité avant 15 à 20 ans et d’autres acteurs ont fait le choix de pousser plutôt le véhicule électrique à batterie comme EDF et le CEA (qui a pourtant une expertise sur l’hydrogène !). Une stratégie qui n’a pas vraiment cassé la baraque.

Pour sa part, Renault a la chance d’avoir pour allié Nissan, qui est très pointu dans ce domaine. Il aura donc accès à la technologie si cela s’avère nécessaire. On pourrait aussi penser que PSA pourrait en faire de même auprès de GM, du moins si ce partenariat reste pérenne. Le fait est que certains grands constructeurs, et pas vraiment des comiques, avancent à fond en ce moment. Nissan développe la solution avec Daimler et Ford. BMW s’est raccroché à Toyota (qui sortira un modèle dès 2015). Les autres ténors sont General Motors, Honda et la paire Hyundai-Kia.

Difficile d’ignorer que l’Allemagne, les USA, le Japon et la Corée du Sud sont sur le coup. Mais, en ce début d’automne, on continue à éluder la question à Paris. Les ateliers de la PFA (Plateforme de la filière Automobile) n’ont pas abordé le sujet, alors que l’ensemble de la filière était réunie, et avec en son sein des pôles de compétitivité et des PME susceptibles de relever ce défi.

Mais, cette inertie ne plaît pas à tout le monde. Louis Gallois, le commissaire général à l’investissement, a donc enfoncé le clou lors de la conclusion de ces ateliers de la PFA. Comme au forum du pôle de compétitivité Mov’éo, il a une nouvelle fois fustigé l’absence des constructeurs français dans le domaine de l’hydrogène et a cité le contre-exemple de l’Allemagne. Une sortie qui a fait grincer des dents mais qui a le mérite de la franchise et du réalisme.

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