L’année 2013 vient de se terminer. Elle n’a pas été glorieuse cette année 2013, malgré cela elle marquera l’histoire du marché automobile français particulièrement sur le plan énergétique.

L’inflexion de la courbe du…diesel en 2013

Après 22 ans de croissance ininterrompue, la part de marché des motorisations diesel s’est brusquement repliée de près de 6% en 2013 pour revenir à 67%, (sans doute davantage encore quand on sait que 70% des voitures hybrides sont des voitures à essence). « Ce rééquilibrage naturel est durable et nous confirmons notre prévision d’un marché automobile à 50% essence, 50% diesel en 2020, », pronostiquait Patrick Blain, Président du CCFA (Comité des constructeurs français d’automobiles) au mois de novembre dernier.

L’arrivée des normes Euro 6 en 2014 et 2015 qui vont entraîner un renchérissement des motorisations diesel insupportable pour les petits modèles, et le terrorisme anti-diesel ambiant, ont fini par avoir raison de l’appétence immodérée et parfois irréfléchie des français pour ce carburant.

Pourtant, les entreprises (entreprises au sens strict + location longue durée + acteurs publics) continuent de s’équiper en VP (Voitures Particulières) diesel à 87% en 2013, du fait de coûts d’usage encore en défaveur des motorisations essence et surtout d’une réglementation fiscale obsolète, pour ne pas dire imbécile, qui interdit aux entreprises de récupérer la TVA sur l’essence, contrairement à ce qu’elles sont autorisées à faire avec le diesel. Concernant les VUL  ((Véhicules Utilitaires Légers) l’équipement est composée à 97% de motorisations diesel.

La part de marché des véhicules hybrides croit rapidement pour passer de 1,5% en 2012 à 2,6% en 2013. Les véhicules électriques peinent à trouver leur marché en VP avec une pénétration de 0,5% et de 1,4% en VU .

Le nombre d’immatriculations des motorisations fonctionnant avec les autres énergies (GPL, GNV, Superethanol) est très faible avec 3 500 unités.

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Zoom sur les motorisations essence et diesel en VP

Les voitures du segment B1 (type Twingo) fonctionnent essentiellement à l’essence (90%). Le segment B2 (Clio) est encore majoritairement propulsé par des motorisations diesel (50%) mais l’essence (47%) n’est pas loin de lui ravir cette première place, ce sera peut-être fait en 2014.

Le diesel est financièrement imbattable pour les gros rouleurs donc pour les utilisateurs de voitures appartenant aux segments supérieurs. L’essence parviendra certainement à conquérir des parts de marché importantes sur les petits segments voire même sur le segment M1 (Mégane) mais ce sera plus difficile sur les segments M2 (Laguna) et H (Série 5 et série 7).

Evolution de 2011 à 2013 des différentes  énergies VP dans les entreprises.

Sur le marché global des VP, le décrochement  du diesel est intervenu en 2013 (-6%).

Sur le seul marché des VP en entreprises, un décrochement léger du diesel est intervenu en 2012 (-0,6%) et s’est ensuite accentué en 2013 (-3,4 points). La part de marché de l’essence augmente faiblement en apparence entre 2011 et 2013 (+1,4%), mais il faut y rajouter le poids des hybrides essence qui pèsent 54% des hybrides en entreprise soit 1,6% qui viennent se rajouter au 9,2% de part de marché de l’essence en entreprise en 2013. La part de marché totale de l’essence en entreprise est donc de 10,8% ce qui commence à être significatif (voir ci-après).

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Les entreprises choisissent de s’équiper en véhicules diesel parce que ceux-ci sont plus économiques quand ils sont utilisés de façon intensive. Les raisons fiscales ne sont pas  non plus étrangères à cet engouement : la non récupération de la TVA sur l’essence vient augmenter lourdement le poste énergie. Toutefois malgré ce handicap et dans des conditions d’utilisations précises (kilométrage moyen annuel moyen ou faible), l’essence peut se révéler intéressante en coût d’usage. La situation est en train de changer.

Zoom sur les motorisations hybrides

L’histoire industrielle des véhicules hybrides est assez récente et remonte au début des années 2000 avec l’arrivée des premières Toyota Prius. Le décollage du marché des véhicules hybrides a été longtemps hésitant.

Aujourd’hui, du fait de l’élargissement de la gamme Toyota et Lexus, de l’arrivée de nouveaux constructeurs comme PSA , BMW, Mercedes ou VAG et de la technologie prometteuse de l’hybride rechargeable, les véhicules hybrides sont de plus en plus appréciés par la clientèle des particuliers et des entreprises.

La croissance du marché est rapide. En 2011, 13 400 véhicules hybrides ont été immatriculés, 27 900 en 2012 et 46 800 en 2013. La part de marché des véhicules hybrides est passée de 0,6% en 2011 à 2,61 en 2013.

La part des hybrides essence est de 70% avec un acteur très dominant : Toyota. Toyota immatricule 92% des hybrides essence et 64% du total des hybrides essence + diesel. PSA de son côté détient 95% de part de marché des hybrides diesel mais seulement 28% du total.

L’arrivée de nouveaux acteurs pourrait modifier ce classement dans l’avenir mais la position de Toyota parait solide.

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En entreprise, le nombre de véhicules hybrides mis en service était de 11 100 (24% du total des hybrides) en 2013 dont 5 900 hybrides essence et 5 200 hybrides diesel soit une répartition proche de 50/50.

Zoom sur les motorisations électriques

L’année 2009 a été l’année de tous les espoirs pour le véhicule électrique. PSA présentait ses Ion et C0, Renault annonçait à grand renfort de publicité son arrivée fracassante dans l’électrique, de nombreux petits constructeurs présentaient leurs nouvelles productions. Cette année là, Carlos Ghosn pronostiquait que les voitures électriques représenteraient 10% du marché mondial en 2020. Il a certes fait preuve d’optimisme, mais sa détermination a pesé ; le véhicule électrique est désormais une réalité et tous les constructeurs  ont déjà lancé ou vont lancer de tels modèles dans les années à venir.

Capture d’écran 2014-02-06 à 07.50.20La progression des immatriculations des VP électriques n’est pas ce que l’on pouvait espérer mais elle est  réelle et continue : 2 669 unités en 2011, 5 663 en 2012 et 8 779 en 2013.  L’arrivée de la Zoé en mars 2013 a « boosté » les ventes (5 511 Zoé en 2013) et le lancement remarqué de la BMW i3 a confirmé l’intérêt que les constructeurs les plus prestigieux pouvait porter à l’électrique.

Dans le domaine du VU, l’offre de produits électriques est assez réduite et les chiffres d’immatriculation plus modestes : 1 663 en 2011, 3 647 en 2012 et 5 170 en 2013 dont  4 200 Kangoo ZE et 580 Goupil G3.

Nous pourrions nous étonner de constater que les principaux acquéreurs de VP électriques soient les constructeurs et leur réseau (VD + garages). Sans doute faut-il y voir le désir de leur part de mettre de nombreux véhicules à la disposition du public pour les faire connaître (!) ; viennent ensuite les particuliers, puis les entreprises.

 Les VU électriques quant à eux sont achetés ou loués à 95% par les entreprises.

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L’année 2013 est bien une année de retournement avec des entreprises qui pèsent de plus en plus lourd dans les immatriculations totales et qui commencent également à amorcer un virage énergétique en faveur de l’essence, de l’hybride et de l’électrique que l’on n’osait pas imaginer il y a encore deux ou trois ans. L’année 2014 confirmera-telle cette tendance ? Les premiers mois de cette nouvelle année seront très intéressants à suivre de ce point de vue.

Philippe Brendel

(Sources OVE Scope et AAA)