Véhicule électriqueUn bouleversement radical du paysage automobile.

Les critères de définition de l’automobile ont profondément évolués aux cours de la décade passée, cette tendance s’est accélérée lors des cinq dernières années. Nous nous éloignons de l’époque où les constructeurs forgeaient leur développement en lançant des SUV énergivores et autres berlines sur-motorisées.

L’heure est à la frugalité.

Sous l’impulsion de facteurs externes, choc pétrolier permanent, mesures de limitation des émissions de CO2 et autres polluants, une tendance planétaire s’est dégagée : l’industrie automobile, dans son ensemble, se tourne vers le développement de solutions vertueuses, économes en carburant, faiblement émissives en gaz polluants, silencieuses, tout en conservant de hauts niveaux de prestations et performances.

Une évolution contrainte et forcée

Condamnés à évoluer radicalement ou alors prendre le risque de rencontrer de graves difficultés, certains groupes ne doivent leur survie qu’à l’intervention massive des finances publiques ou à des rachats par des concurrents. Ce fut le cas de GM en faillite, Chrysler cédé à Fiat, et de certains groupes européens comme Volvo et Saab.

Pour faire face à de profonds problèmes d’adaptation de leurs gammes, les «Majors» ont alors lancé en urgence des développement de nouveaux systèmes de motorisation permettant une plus grande efficacité énergétique.

Avec plus ou moins de réticences ou d’enthousiasme selon les marques, en moins de cinq ans tous les constructeurs ont suivi la voie ouverte par Toyota, Honda, Tesla, Think et quelques autres innovateurs : celle de la propulsion électrique et hybride.

De nouvelles catégories de véhicules.

Le paysage automobile a profondément changé et poursuit sa mutation à marche forcée.

Des catégories marginales dans les années passées comme les voitures hybrides deviennent un standard incontournable, certaines comme les hybrides rechargeables, les citadines «tout électrique» sont en plein développement.

Nous pouvons à la veille d’un Mondial de l’Automobile prometteur en nouveautés organiser une classification de ces nouvelles catégories de véhicules :

1 – Ultra légers tout électrique : initiés par de nouveaux petits constructeurs ils sont destinés à des usages sur de courtes distances de 10 à 100 km/jour, à basse vitesse de 50 à 100 km/h

2- Citadines, berlines et sportives tout électriques, la catégorie de Think, de la Nissan Leaf, des Renault ZE, de Tesla.

3- Hybrides : des micro-hybrides (fonction Stop&Start) aux mild hybrides jusqu’aux hybrides parallèles, les moteurs électriques sont utilisés pour assister les moteurs à essence ou diesel et réduire leur consommation.

4 – Hybrides rechargeables : combinent les avantages d’une autonomie importante en mode tout électrique pour les trajets courts et des longues distances en mode thermique + électrique.

5 – Véhicules utilitaires : tout électriques ou hybrides

2010 année charnière dans l’évolution

Nous sommes à quelques semaines de l’arrivée sur le marché des premières voitures électriques modernes produites en grande série, la Nissan Leaf, les Renault ZE, l’Opel Ampera (Chevrolet Volt aux USA) les Ion et C-Zero de PSA, la Bluecar de Bollore, la Tata Indica.
Les volumes représenteront dans un premier temps un faible pourcentage du marché global de l’automobile, quelques dizaines ou centaines de milliers de voitures par an pour les plus ambitieux lors des trois prochaines années.
Cependant, l’impact de ces véhicules sur le marché est important car ils génèrent une forte accélération des recherches sur l’efficacité énergétique de toutes les catégories de véhicules, thermiques et hybrides.
Les performances encore limitées en autonomie des packs de batteries imposent d’alléger les véhicules, de récupérer l’énergie au freinage, de limiter les consommations des périphériques de confort comme la climatisation.
Le silence de fonctionnement des moteurs électriques demande de réduire sur les bruits aérodynamiques et des pneumatiques, pour toujours plus de confort.
Cette chasse aux résistances à l’avancement, ces recherches vers une plus grande sobriété permettent de progresser globalement de plusieurs points dans les consommations, d’électricité mais également de carburants fossiles.
Cette autre approche de la conception des véhicules, plus rationnelle, imposée par les électriques et hybrides influence l’industrie automobile dans sa globalité.
Un exemple de stratégie de développement impulsée par l’électrification des modèles nous est fourni par Toyota qui, pour sa troisième génération de Prius hybride s’est concentré vers l’optimisation de l’aérodynamique, l’allègement de la structure, une climatisation à haut rendement et un toit solaire. En parallèle le groupe japonais généralise progressivement la propulsion hybride dans toute sa gamme, Auris, Camry et Lexus pour les voitures hybrides actuellement commercialisés, prochainement complétées par de nouveaux modèles.
Une double évolution complémentaire : l’infrastructure de charge et les usages

Les points de charge.

Les pouvoirs publics ont bien compris l’intérêt d’accompagner le développement du marché des véhicules électriques et hybrides. Au delà d’un soutien logique à une industrie pourvoyeuse d’emplois qualifiés, cela afin de maintenir la compétitivité des entreprises nationales, il s’agit également de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées à un tarif de plus en plus élevé. L’électricité, quelle que soit la technologie utilisée pour la produire, hydraulique, thermique, nucléaire, solaire ou éolien est une énergie locale.

L’argument complémentaire d’un bilan carbone largement favorable pour les motorisations électriques et hybrides face aux véhicules thermiques n’a fait qu’accélérer la prise de conscience et les décisions.

Voilà pourquoi, dans presque tous les pays, les gouvernements, les entreprises et les collectivités locales se sont lancés dans de vastes programmes de développement d’une infrastructure de charge, différente des stations services délivrant les carburants liquides.

L’électricité est disponible partout ou presque partout, y compris dans les lieux les plus reculés, les points de charge sont faciles à installer et peu onéreux, que ce soit chez les particuliers, dans les entreprises, sur la voie publique ou dans des parkings.

Les usagers entrent dans la course

En France l’exemple le plus important est le groupement de commande de 50 à 100 000 véhicules électriques piloté par l’UGAP et initié par La Poste. Il rassemble ADP, Air France, Areva, Bouygues, EDF, Eiffage, ERDF, France Télécom Orange, GDF Suez, Suez Environnement, GRT Gaz, GrDF, RATP, SAUR, SNCF, SPIE, Véolia et Vinci.

L’objectif est d’arriver à une réduction des prix par un volume significatif pour amorcer le marché.

Cet important programme est complété par plusieurs initiatives d’envergure nationale ou locale: l’offre en location longue durée électrique/hybrides du Groupe Arval, la mise en place d’un réseau de points de vente et SAV spécifiques aux électriques du groupe Mobivia (ex-Norauto), des flottes en libre service à Paris (Autolib) à Nice et dans d’autres villes de  France…

Les opérateurs de transports publics comme Véolia, Keolis, Transdev, la SNCF ne sont pas en reste. Ils se positionnent pour proposer une nouvelle gamme de services : des abonnements incluant l’usage de flottes de véhicules électriques en complément des lignes de trains, de bus, de tramways.

Tendances d’évolution
L’arrivée massive des constructeurs dans le secteur de l’électrique, génère une montée en puissance rapide des moyens de production, des volumes produits et par effet direct une réduction progressive des coûts.
L’un des points critiques actuel est le prix des batteries, de l’ordre de 20 000 € pour celles d’une voiture 5 places de 1500 kg en 2010. Les prévisions pour 2015 sont de ± 8000 € et inférieures à 5000 € dans dix ans pour un pack de batteries similaire.
L’évolution ressemble à celle de la diffusion des systèmes micro-hybrides Stop&Start.
Onéreux en 2005 il s’en est vendu quelques centaines, de nombreux constructeurs les adoptent en 2009, les ventes passent à 900 000 exemplaires, 10 millions sont prévus en 2015.
Nous entrons véritablement dans une nouvelle ère, celle des véhicules électriques et hybrides de masse, à nous d’adapter nos habitudes, nos usages, notre conduite à ces voitures un peu particulières.
Des véhicules en phase avec leur époque, proposant la plus grande efficacité énergétique de tous les temps.
A Giaccone