Déception, l’homme au volant n’est pas parfait. Contrairement à ce que pensent des millions d’automobilistes, l’ordinateur conduit mieux et se conduit mieux que n’importe lequel d’entre nous. Les expériences menées par Google et d’autres constructeurs le prouvent : lorsque c’est un de nos contemporains qui pilote, les accélérations et les freinages sont plus brutaux, moins réguliers qu’en laissant les manettes à l’ordinateur. Autre constat -amer-, la voiture automatisée respecte mieux les distances de sécurité entre les véhicules ; elle est plus prudente, plus avisée, plus économe.

Fin d’un rêve ? Peut être pas… à condition de reconsidérer notre vision, notre approche, notre usage de l’automobile : d’un objet de déplacement brut soumis aux aléas des embouteillages et des accidents, le véhicule de demain va sans doute se métamorphoser en instrument de mobilité sophistiqué, fluide et hyper sûr. Objectifs : zéro embouteillage, zéro accident, zéro décès. Un chiffre à rapprocher des 1,2 million de personnes qui meurent chaque année sur les routes du monde, plus de 90% des accidents étant causés par des erreurs humaines.

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En s’affranchissant du facteur humain, beaucoup pensent que le taux d’accident mortel devrait rejoindre celui du transport ferroviaire ou aérien, secteurs dans lesquels l’automatisation est la règle. Avec un bémol tout de même, comme le rappelle Thierry Fassenot, ingénieur conseil à la direction des risques professionnels CNAMTS -l’un des participants à la table ronde organisée par l’OVE sur les technologies embarquées au service de la sécurité automobile- « même en pilotage automatique, un Airbus ou un TGV restent sous le contrôle de professionnels expérimentés et entrainés, ce qui n’est pas le cas d’une automobile. »

Une étude américaine précise par ailleurs que si la voiture autonome devrait effectivement  sauver la moitié des 32 000 personnes qui meurent chaque année sur les routes US, elle pourrait aussi créer 4000 victimes supplémentaires du fait des incidents liés à l’automatisation de la conduite… Parmi les questions qui se posent, on se demande par exemple si l’informatique embarquée se montrera capable de prendre des décisions improbables. Ce que nous faisons de façon instinctive et « non conforme » lorsqu’un pneu éclate, ou qu’il faut donner un « coup de volant » brutal, l’ordinateur saura-t-il le faire ? Et en cas d’accident, la voiture automatisée saura-t-elle choisir entre sauver ses passagers, le piéton présent là par hasard, ou le pilote de deux roues qui se faufile imprudemment ?

Autre sujet de préoccupation concernant l’attention du conducteur : dans un véhicule roulant de façon autonome, celui-ci devient passager. S’il doit reprendre subitement le volant, comment se passera le relais entre le pilote automatique et lui. « Avec un véhicule autonome, il est très facile de ne plus être concentré et très difficile de le redevenir », explique Jean-Yves Le Coz, autre participant à la table ronde organisée par l’OVE. « Savoir comment raccorder le cerveau humain au cerveau électronique en 1/10ème de seconde est un sujet fondamental ; nous devons nous attacher à ce que la technologie augmente les capacités du conducteur « humain » plutôt que de les rendre obsolètes. »

Et Laurent Meillaud – journaliste et expert en nouvelles technologies- d’ajouter : « à mesure que les ordinateurs effectuent des tâches toujours plus complexes, qu’ils effectuent un travail d’analyse et de prise de décision, le logiciel réduit notre horizon et notre attention. L’automatisation ne se contente pas de suppléer l’activité humaine, elle la change. »

L’informatique s’est d’abord infiltrée dans les moteurs et les boîtes de vitesses, puis dans les freins et les trains de roulement, elle nous aide à optimiser nos déplacements, facilite nos marches arrière, surveille nos changements de files… En s’attaquant à la conduite pure, elle promet des lendemains qui chantent et des trajets sans risques. Rêvons, mais ne nous endormons pas !

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