Les véhicules électriques feront-ils la course en tête ? Nouvel outil de communication ou véritable planche de salut pour une industrie automobile à peine sortie de la crise, la voiture zéro émission est en tout cas plébiscitée par les consommateurs. Soucieux de ne pas rater le coche, tous les constructeurs investissent le marché à coup de millions voire de milliards d’euros. Même les Allemands, pourtant historiquement producteurs de grosses cylindrées, se sont lancés dans l’aventure. Les groupes tricolores ne sont pas en reste. PSA Peugeot Citroën, Renault mais aussi des opérateurs de second rang comme Bolloré et sa Bluecar, Heuliez et sa Mia ou Venturi engrangent d’ailleurs leurs premières commandes. Dans cette étude, Xerfi a identifié trois principales raisons à ce top départ :
• Le soutien manifeste des pouvoirs publics à l’essor des véhicules décarbonés. L’éco- pastille, l’une des mesures phares du Grenelle Environnement mise en place fin 2008, offre 5 000 euros au futur acquéreur d’une auto 100% électrique. L’État a également confié au groupe La Poste le soin d’organiser et de fédérer la demande de véhicules électriques (VE) des collectivités locales mais aussi des grandes entreprises privées et publiques. Une commande qui s’élève aujourd’hui à 50 000 unités, livrables à partir de 2011.
• L’émergence de nouvelles offres de transport en aval de la filière automobile. Pour répondre à la demande de leurs clients en matière de mobilité durable, les loueurs se dotent de véhicules zéro émission. Pour leur part, les sociétés de transport public s’équipent peu à peu en bus électriques. Sans oublier l’émergence de l’auto en libre-service dont l’offre se conjugue souvent avec ce nouveau type de motorisation.
• La montée en puissance des préoccupations environnementales. Le niveau d’émissions de CO2 est aujourd’hui une interrogation majeure des professionnels et des particuliers lors de l’achat d’un véhicule. Certaines entreprises cherchent d’ailleurs à réduire leur empreinte carbone. Celles qui ont entrepris une démarche de certification ISO 14001 (management environnemental) intègrent alors des VE dans leur flotte. Évangéliser le marché des professionnels est désormais prioritaire pour les constructeurs.
Au-delà de ces facteurs de soutien au déploiement de la voiture électrique, beaucoup d’obstacles se dressent en réalité sur la route des constructeurs. Selon le scénario exclusif des experts de Xerfi, les VE ne dépasseront pas la barre de 2% des immatriculations totales à l’horizon 2020 et demeureront encore longtemps un marché de niche en France. Des prévisions inférieures au consensus général des acteurs et observateurs du secteur auto. Dans un contexte de durcissement des politiques budgétaires et de pressions accrues sur le pouvoir d’achat, mieux évaluer les freins de ce marché devient un enjeu essentiel pour la filière des transports mais aussi pour tous les opérateurs qui ambitionnent de s’y développer. L’étude de Xerfi a notamment mis l’accent sur quatre d’entre eux :
• Des difficultés techniques très contraignantes. Celles-ci sont bien connues : faible autonomie, absence d’infrastructure en matière de bornes de recharge mais aussi de standard technologique qui empêche entre autres les économies d’échelles dans l’industrie, etc. Dans ces conditions, ni la praticité ni la liberté d’utilisation chères aux automobilistes ne sont au rendez-vous.
• Un environnement socioculturel défavorable. La désaffection croissante pour l’automobile se traduit par un report modal vers le transport ferroviaire. Le budget auto est aussi devenu une variable d’ajustement pour les ménages face à l’accroissement des dépenses contraintes comme le logement ou les télécommunications.
• Un coût d’achat et d’usage supérieur à celui d’un véhicule diesel équivalent. Et ce, quelle que soit l’évolution des cours du pétrole. Selon les calculs de Xerfi, les futurs propriétaires ne peuvent espérer un « retour sur investissement » avant 4 à 5 ans, malgré le prix peu élevé du kilowattheure. Les systèmes de batterie renchérissent en effet d’un tiers le prix d’achat du VE. La location des batteries, expérimentée par les constructeurs, permet d’en lisser le prix dans le temps. Mais in fine, le coût global demeure rigoureusement identique.
• Une concurrence des motorisations alternatives, notamment des véhicules hybrides mais aussi des moteurs à essence ou diesel. Tous les constructeurs sans exception sont engagés dans la réduction des émissions de CO2 des moteurs à combustion. Les performances environnementales des futures autos vont inévitablement s’améliorer, rendant les VE moins attrayants.
L’analyse menée par Xerfi a aussi permis de dégager les mutations en cours dans la filière automobile. En particulier, le risque de sortie de route des constructeurs est élevé. Ces derniers pourraient perdre la main dans le jeu concurrentiel avec l’essor de systèmes électriques innovants qui équipent les véhicules zéro émission et bientôt les véhicules thermiques. Détenteurs d’un véritable savoir-faire, qui échappe désormais aux constructeurs en raison des mouvements d’externalisation de ces dernières années, les équipementiers représentent déjà plus de 60% de la création de valeur d’une automobile. Or, l’électrification des modèles implique une révision complète de l’architecture des véhicules. Ce qui renforce le rôle de premier plan des équipementiers et fabricants de batteries. Dans ce contexte, une redistribution des cartes au sein de l’industrie automobile, voire même de l’ensemble de la filière des transports, semble fort probable.

Source : Communiqué de presse Xerfi. www.xerfi.fr

Cette étude est très pessimiste, bien que tous les obstacles annoncés soient tous recevables, elle se place trop du côté du particulier et sous estime la force de frappe des entreprises dans ce domaine. Nous défendons l’idée que ce sont les entreprises qui créeront le marché et que les particuliers viendront à l’électrique bien après. Si aujourd’hui l’offre de VE est faible et trop chère, il n’en sera pas de même à partir de 2013. Si les estimations de Renault (10% du marché en 2020) nous semblent bien optimistes, le chiffre de Xerfi (2%) est trop conservateur surtout si l’on prend en compte les hybrides rechargeables qui sont aussi des VE.