…mais elle est en pleine mutation, au même titre que sa distribution ou… son conducteur ! C’est un Nicolas Bouzou très en verve qui en a fait la confidence le 21 février dernier lors de la conférence organisée par l’OVE sur le thème du véhicule d’occasion.

Nicolas Bouzou interviewé par Stéphane Soumier pour l'OVE

 

 » Je n’ai jamais vu un fabricant de chandelles devenir fabricant d’ampoules » disait le grand économiste Joseph Schumpeter au début du siècle dernier. Cette phrase, reprise par Nicolas Bouzou lors de son intervention, synthétise sa vision du futur de l’automobile. Nous aurons toujours besoin de véhicules pour nous déplacer, mais quels seront-ils ? Comment les utiliserons-nous ?  Et surtout, qui les fabriquera : les constructeurs « historiques », ou de nouveaux entrants appliquant des business models totalement nouveaux ?

Souvenons-nous de ce qui s’est récemment passé dans le secteur de la téléphonie, de la musique, ou de la photographie, qui ont vu des acteurs traditionnels disparaitre en l’espace de quelques années au profit de nouvelles marques inconnues jusqu’alors. « Nous vivons une époque de transition caractérisée par la coexistence de deux phénomènes : une crise conjoncturelle et une ère d’innovation comme on en connait qu’une fois par siècle, explique notre économiste. Les bouleversements auxquels nous assistons sont considérables, ne soyons pas pessimistes pour autant. Au contraire, la période de « déconstruction créatrice » que nous vivons aujourd’hui s’annonce très prometteuse ; vont émerger de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouveaux comportements …et de nouveaux emplois. Aussi plutôt que de nous lamenter sur la fin d’une époque, rappelons-nous la phrase de Darwin : « les espèces qui survivent sont celles qui s’adaptent à leur contexte « .

Facile à dire en ces temps de vaches maigres… Notre expert en convient, mais s’interroge sur la stratégie à mettre en place par nos entreprises : doivent-elles chercher à « tenir » pendant 5 ou 10 ans en espérant un retour hypothétique de la demande, ou plutôt imaginer des solutions d’adaptation à un environnement en pleine mutation ? L’automobile est au cœur d’un immense processus de transformation. Ce n’est pas la fin de la voiture, mais c’est la fin d’une certaine conception de l’automobile, telle qu’on la connait depuis des décennies. Demain, l’achat sera-t-il toujours roi ? A la possession ne préférerons-nous pas le partage ? Et l’usage, quel sera-t-il ? L’automobile est quand même le seul bien à perdre 25% de sa valeur 30 » après avoir parcouru le premier km !

Les nouvelles technologies, les nouveaux modes de communication, les nouvelles attitudes  font évoluer le rapport de chacun à la voiture : demain il y aura sans doute moins d’autos, mais des autos plus intelligentes, plus petites, plus légères, plus sobres, plus propres. Utilisant différents types d’énergie. L’économie collaborative touchera progressivement toutes les couches de la population : on le voit déjà avec le développement de l’auto partage, de l’AutoLib ou de la location de très courte durée. Rappelons-nous que, déjà, 52% des Parisiens n’ont plus de voiture !

Tout ce qui est coulé dans le marbre est fragile. Et ceux qui pensent encore qu’on ne peut pas  comparer les secteurs du voyage ou de l’immobilier avec celui de l’automobile se trompent. Oui un jour on vendra plus de voitures sur internet que dans les concessions ; oui demain la voiture connectée sera un super mobile débordant d’applications ; oui dans un futur plus ou moins proche -comme l’annonce le fondateur de Free Car Project- l’automobile sera peut être une sorte de place de marché qui permettra de gagner de l’argent grâce à ses déplacements… « Les idées ne manquent pas, renchérit notre interlocuteur, ce qui manque c’est l’audace et la volonté : la volonté d’orienter différemment les grands choix économiques, de miser au maximum sur l’entreprise, d’investir largement dans la recherche et les nouvelles technologies.

Grâce au dynamisme des pays émergents, le taux de croissance mondial est de 3,5% en moyenne, et la stagnation que nous connaissons en Europe ne devrait être que passagère. « Globalement le monde ne va pas si mal, conclut Nicolas Bouzou. Nous sommes au début d’un cycle d’innovations majeur ; la question est de savoir si la France saura profiter du regain de la croissance mondiale ou restera à la traine. Et de terminer sur un beau proverbe touareg : pour avancer, il faut regarder l’arbre qui pousse et pas la forêt qui tombe… »

*économiste, directeur du Cabinet Asteres

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